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Enseignement de Spécialité de SES de Première, Cours : Chapitre 1. Comment un marché concurrentiel fonctionne-t-il ?

2. Offre et demande se confrontent sur un marché, permettant ainsi d'atteindre un équilibre satisfaisant consommateurs et producteurs.

2.1. Le marché propose un mode de régulation entre offre et demande, établissant prix et quantité d'équilibre.

2.1.1. Offre et demande se représentent sous la forme de courbes.

Le modèle néoclassique du marché que nous allons désormais détailler s’éloigne quelque peu du fonctionnement du marché que vous connaissez : en règle générale, il ne vous viendrait pas à l’esprit de négocier le prix d’un produit dans une grande surface… C’est donc bien la représentation d’un marché que nous allons formaliser dans cette partie. La représentation classique d’un marché se traduit sous la forme d’un graphique schématisant la rencontre entre offre, émanant des producteurs et demande, émanant des consommateurs. Il a deux variables prises en compte par acheteurs et producteurs : le prix et la quantité, que l’on note en abscisse et ordonnée, et nous allons considérer que les quantités produites ou consommées (la variable expliquée) sont fonction du niveau des prix observés sur un marché (qui sert de variable explicative). [Attention ici la représentation graphique est inversée par rapport à celle utilisée en mathématiques : la variable expliquée est ici sur l’axe des abscisses !]

  • Les quantités consommées forment la demande. La courbe de demande [d’ailleurs souvent une droite, pour simplifier la représentation !] d’un bien ou service traduit l’intention d’un acheteur face aux prix éventuels de ce bien ou service. La courbe de demande représente donc la quantité que le consommateur est disposé à acheter en fonction de son prix. Cette courbe est généralement décroissante en fonction du prix. En effet, hormis quelques cas particuliers, il est tout à fait concevable de retenir que les consommateurs seront prêts à augmenter leur consommation à mesure que le prix baisse (il y a donc une relation inverse entre prix et quantité consommée, d’où la décroissance de la courbe de demande). Un amateur de livre achètera plus volontiers un livre d’économie s'il coute 10€ plutôt que 50€. Et de nombreux autres consommateurs feront de même… En conséquence, la représentation graphique de la courbe de demande peut être la suivante :

  • Il s'agit donc d'une courbe décroissante en fonction des prix (que l'on a représenté comme un segment de droite, pour simplifier) : dans notre exemple, lorsque le prix du livre est de 50€, 100 acheteurs sont disposés à l'acquérir ; alors que lorsque le prix est de 10€, 1 000 consommateurs se présentent sur le marché. La pente de la courbe peut cependant être plus ou moins prononcée : les variations de prix peuvent se traduire par des évolutions de la demande bien différentes. En effet, selon la nature des produits notamment, la sensibilité des consommateurs à des prix plus élevés ou plus faibles ne sera pas la même. Pour ceux qui passent le baccalauréat, un livre d'économie peut paraitre essentiel : une baisse des prix entrainera donc bien une augmentation des quantités demandées, mais cette augmentation sera modeste, le livre pouvant paraitre essentiel quel qu'en soit le prix. En conséquence, la pente de la courbe de demande sera très prononcée. L'urgence et l'utilité d'un bien peut être plus faible : avoir des écouteurs à la mode est moins indispensable aux lycéens que leurs livres d'économie ! Dans ce cas, les lycéens seront sans doute plus sensibles à la variation des prix, et des prix plus faibles entraineront une consommation plus élevée. La courbe de demande sera donc peu pentue et s'approchera de l'horizontale. (Les pentes de la courbe de demande dépendent ainsi de la notion d'élasticité prix.)
  • Les quantités produites forment ensuite l’offre. La courbe d’offre [là aussi souvent une droite, pour simplifier !] d’un bien ou service traduit l’intention d’un producteur face au prix de ce bien ou service. La courbe d’offre représente finalement la quantité que le producteur est prêt à produire en fonction du prix éventuel du marché. Cette courbe est généralement croissante. Avec un prix plus élevé (que les consommateurs sont prêts à payer, la certitude de profits plus élevés s’accroit, ce qui les incite à produire plus. On peut aussi considérer que de nouveaux producteurs seront attirés par des prix plus élevé (il y a donc une relation symétrique entre prix et quantité produites, justifiant la croissance de la courbe d’offre). Un éditeur de sera incité à offrir plus de livres lorsqu’il peut les vendre 25€ plutôt que 5€. Et de nombreux autres concurrents le suivront si le prix est de 25€, parce que les profits seront importants…

  • Il s'agit donc d’une courbe croissante, en fonction des prix (que l'on a représentée à nouveau par un segment de droite pour simplifier) : à 5€, seuls 400 livres seront produits, si le prix atteint 25€, 1400 ouvrages peuvent être lancés en fabrication. De la même manière que la courbe de demande, la courbe d'offre peut avoir une pente plus ou moins prononcée. L'explication provient cette fois ci de la structure des coûts. Prenons notre exemple du livre d’économie et intéressons-nous maintenant à sa fabrication: sur ce marché, le coût de production augmente très faiblement avec la hausse des quantités. En effet, il n’y a qu’un surplus de papier à acheter, ce qui est peu couteux, et la rémunération de l’auteur, proportionnelle à la production, qui augmente. Une faible hausse du prix doit donc conduire à augmenter fortement la production de livres. La courbe d’offre devrait donc être assez peu pentue.

2.1.2. Les agents économiques sont preneurs de prix ce qui détermine le prix d’équilibre.

Sur un marché, l’offre et la demande évoluent ainsi de façon contraire par rapport aux variations de prix. Il existe donc un prix et un seul pour lequel les quantités offertes seront égales aux quantités consommées : au point de rencontre des deux courbes, un équilibre se forme en prix et quantité. Ce point est logiquement le seul point satisfaisant et les consommateurs et les producteurs. Dans la perspective néoclassique, l’équilibre est naturellement atteint, grâce à la concurrence qui joue sur les prix : si l’offre est plus élevée que la demande pour un prix donné, les offreurs se feront concurrence et seront conduits à baisser leur tarif, de même qu’à diminuer leur offre. A l’inverse, si la demande est trop élevée par rapport à l’offre pour un prix donné, la concurrence entre demandeurs conduira à accepter une hausse des prix pour obtenir le peu d’offre proposée. Offre et demande varient donc jusqu’à l’équilibre, par tâtonnements successifs. On s’aperçoit ainsi que les agents économiques sont « preneurs de prix » : un producteur ne trouverait pas de demandeur s’il proposait un prix plus élevé et un demandeur ne peut acheter à un prix plus faible, aucun producteur ne voudrait satisfaire le demandeur à ce prix. Les offreurs et les demandeurs se contentent d’ajuster les quantités qu’ils consomment ou produisent en fonction du prix d’équilibre. Les quantités d’équilibre (offertes et demandées) sont finalement celles que les agents expriment à ce prix.

Le marché satisfait finalement les producteurs et les consommateurs : en confrontant des logiques différentes, un équilibre peut se former, en prix et en quantité. A cet équilibre, offreurs et demandeurs peuvent s’accorder et échanger. Les conditions de la mise en place de cet équilibre restent cependant bien difficiles à obtenir dans la réalité : il faut une concurrence parfaite, et les relations sociales ou les sentiments lors de l’échange ne doivent pas influencer les décisions d’acheter ou de vendre. Cela n’est bien sûr pas le cas la plupart du temps : vous pouvez par exemple tout à fait préférer échanger avec un producteur local, certes plus cher, mais plus sympathique à vos yeux !

2.1.3. Pour le producteur, la quantité produite dépend du coût marginal et du prix observé sur les marchés.

Les producteurs ne choisissent donc pas leur prix de vente, qui est déterminé par l’équilibre de marché, comme nous l’avons vu. Afin d’avoir le meilleur profit possible, chaque producteur peut alors déterminer quelle quantité il va produire, en observant le prix de marché. En quelque sorte, le producteur va essayer d’établir par calcul comment il pourra optimiser son bénéfice. Dans cette logique, la quantité optimale produite par un entrepreneur constituera un élément de l'offre globale de marché. La somme des productions de chaque entreprise déterminera alors cette offre globale. La quantité établie par l'entrepreneur peut néanmoins varier, lorsque les prix de marché se modifient. La présentation qui est proposée dans la suite correspond donc à une situation donnée, pour un prix donné.

  • Une entreprise doit d'abord établir la structure de ses coûts de production pour déterminer sa capacité de production. Un éditeur, par exemple, supporte des coûts d'infrastructure (son local, son lieu de stockage, etc.), des coûts salariaux, des coûts liés à l'achat de papier et d'encre, etc., pour fabriquer ses livres. Certains coûts sont fixes et ne dépendent pas du nombre d'ouvrages édités (son local), certains coûts sont variables en fonction de la production (le papier). La somme des coûts de production donne son coût total. Le coût moyen en découle : il suffit à notre éditeur de diviser le coût total par les quantités d'ouvrages diffusés pour l'obtenir. Ce coût moyen peut aussi s'appeler coût unitaire. Arrive le plus délicat : identifier le coût marginal... Ce coût marginal signifie le coût supplémentaire engendré par la dernière unité produite. En effet, pour fabriquer un lot de livre en plus, notre éditeur devra supporter au minimum l'achat de papier supplémentaire (dans notre exemple, une unité en plus correspond à un lot de livre et non à un livre en plus, pour rester réaliste -c'est le cas dans la majorité des productions, la fabrication se fait par seuil-). Il devra aussi rémunérer le façonnage, la reliure, etc., qui comporte une petite partie de travail manuel. Peut-être qu'un salarié devra effectuer une ou plusieurs heures supplémentaires. Ces coûts sont donc croissants et de plus en plus élevés si de nouveaux coûts fixes apparaissent (une nouvelle machine à relier par exemple). Tous ces coûts sont le résultat de la décision de fabriquer une quantité supplémentaire, bien qu'il soit parfois difficile d'attribuer strictement une dépense à ce volume additionnel de production : c'est le cas des dépenses d'énergie par exemple, qu’on ne peut attribuer très précisément. Alors comment déterminer celle qui est due uniquement à la production marginale ? Il parait judicieux de calculer ce coût marginal en comparant 2 coûts totaux : celui avant la production supplémentaire, celui une fois celle-ci produite. En soustrayant ces 2 coûts, on obtiendra finalement notre coût marginal. Il est donc finalement possible de calculer pour chaque niveau de production les coûts totaux, moyens et marginaux.

On retient alors :      

Coût total = somme des coûts fixes et variables

Coût moyen = Coût total / quantité produite

Coût marginal = coût total de X unités - coût total de X-1 unité

  • L'entrepreneur raisonne ensuite "à la marge" : tant que le prix de marché est supérieur au coût marginal, il a intérêt à produire une unité en plus, puisqu'il a un profit additionnel. Dès que le coût marginal dépasse le prix de vente de marché, la dernière unité produite engendre une perte marginale... La logique de l'entrepreneur qui souhaite maximiser son profit le conduira donc à arrêter de produire dès que le coût marginal égalise le prix de vente. En effet, s’il produit une unité de plus, elle lui coûtera plus (montant du coût marginal) qu’elle ne lui rapporte (montant du prix) et donc son profit total se réduira. Montrons ce raisonnement par un exemple chiffré. Notre éditeur observe que le prix de vente de marché est de 830 euros pour un lot de livre (il regarde le prix d'un lot acheté par ses diffuseurs, pas le prix d'un livre en rayon). La structure de ses coûts est la suivante :

Quantités

Coûts fixes

Coûts variables

Coût total

Coût moyen

Coût marginal

0

600

0

600

 

 

1

600

760

1360

1360

760

2

600

960

1560

780

200

3

600

1200

1800

600

240

4

600

1540

2140

535

340

5

600

2100

2700

540

560

6

600

2700

3300

550

600

7

600

3390

3990

570

690

8

600

4220

4820

602,5

830

9

600

5250

5850

650

1030

10

600

6320

6920

692

1070

 

Dans ces conditions, il doit produire au maximum 8 lots : le coût marginal égalise le prix de vente, ce qui lui garantit le meilleur profit. Le profit provient de la différence entre sa recette et son cout total. La recette est constituée des quantités vendues au prix de marché, soit 830€ X 8 = 6640 €. Le coût total est de 4 820€. Cela donne finalement un profit de 6 640-4820= 1 820 €.

Vous pouvez calculer le profit avec 7 unités ou 9 unités pour vous apercevoir que le profit sera alors moindre et que 8 unités constituent bien le maximum.

  • Les données de notre exemple peuvent aussi se présenter graphiquement : le prix étant déterminé par un arbitrage de marché, on le représente comme une donnée fixe (du moins à court terme). On repère donc graphiquement rapidement le point de rencontre entre le prix et la courbe de coût marginal, ce qui permet d'établir le volume de production idéal, avec la représentation suivante:

  • Regardons maintenant ce qui se passe si le prix du marché, qui s’impose à l’entreprise, est plus élevé. Vous le comprenez bien, l’entreprise pourra produire plus, elle pourra couvrir avec ce prix plus élevé, des coûts de production eux-mêmes plus élevés. Dans l’exemple chiffré, imaginons que le prix d’équilibre soit de 1 070 € ; dans cette situation, la production sera de 10 unités. On retrouve ainsi ce que l’on a déjà vu : plus le prix est élevé, plus la production (l’offre) est élevée. La courbe d’offre est croissante avec le prix.

Dans la présentation que nous venons de faire, le cout marginal de l'entreprise est finalement croissant : produire une unité de bien en plus est toujours plus coûteux. Dans la réalité, il existe de très nombreuses situations où les coûts marginaux sont décroissants : produire plus revient alors relativement moins cher. Cela tient à deux séries d'explication : d'abord, dans de nombreuses entreprises, les coûts d'infrastructure et les investissements peuvent être importants. A mesure que la production augmente, ces coûts fixes sont progressivement dilués dans les volumes produits, ce qui fait que le coût unitaire moyen diminue, de même que le coût marginal : on dit alors qu'il y a des économies d'échelle. Ensuite, la progression de la production engendre souvent des effets d'apprentissage et d'expérience : les salariés deviennent de plus en plus efficaces, leur productivité du travail peut augmenter.

Considérer que les coûts marginaux sont croissants est donc un cas particulier, qui correspond au modèle économique théorique de base des économistes néoclassiques.

2.2. Les variations des courbes d'offre et de demande modifient régulièrement l'équilibre de marché.

2.2.1. Offre et demande ne sont pas stables, ce qui modifie régulièrement le prix et la quantité d'équilibre.

Il faut bien sûr considérer que le prix d’équilibre et la quantité d’équilibre de marché sont établis pour un temps ou une situation donnée : il est tout à fait possible que cet équilibre se modifie, les courbes d’offre et de demande pouvant évoluer en fonction des revenus, des coûts de productions ou des incitations données par certains agents comme les pouvoirs publics. Le point d’équilibre de marché que nous avons établi est donc toujours ponctuel. Vous le constatez tous les jours : les prix de certains produits changent régulièrement, ce qui modifie votre comportement d’achat. C’est ainsi que la période des soldes se traduit par une hausse de votre consommation ! Le modèle néoclassique de la concurrence pure et parfaite peut permettre d’expliquer ces changements de prix.

  • Ainsi, l’offre peut augmenter : cela signifie que la quantité produite s’accroit pour un prix donné. La courbe de demande se déplace donc vers la droite de notre schéma, passant de « l’offre 1 » à « l’offre 2 » (attention l’offre ne baisse pas sur le schéma, contrairement à une première impression visuelle, elle se déplace seulement le long de l’axe des quantités). Vous observez donc que l’équilibre offre/demande est modifié : les quantités d’équilibre augmentent, le prix d’équilibre baisse par rapport à la situation initiale. Plusieurs situations peuvent expliquer une telle hausse de l’offre : l’arrivée sur le marché de nouveaux producteurs, une baisse du cout de production résultant d’une innovation, favorisant la production, un gain de productivité, etc.

  • Précisons l’explication dans le cas où le schéma ci-dessous correspond à l’offre de tous les producteurs sur ce marché et la demande à tous les demandeurs. La hausse de l’offre se traduit par une pression concurrentielle plus importante entre les offreurs qui conduit par le processus de tâtonnement à une baisse des prix. Vous voyez que la hausse de production se traduit par une baisse des prix et des quantités échangées, la baisse des prix permettant à plus de demandeurs d’acheter le produit en question. Le bon fonctionnement du marché permet de satisfaire offreurs et demandeurs.

[image]

  • Bien évidemment, toutes les autres évolutions de l’offre et de la demande sont possibles : l’offre peut se réduire, la demande peut augmenter… Dans le cas d’une baisse de la demande, la courbe de demande se déplace vers la gauche, passant de la « demande 1 » à la « demande 2 » le long de l’axe des quantités. Le résultat est facilement repérable sur le graphique suivant : les quantités d’équilibre s’abaissent, le prix d’équilibre aussi. Les variations de la demande sont bien sûr fréquentes : les consommateurs peuvent être saturés d’un bien, il peut y avoir des phénomènes de modes, le niveau de revenus des consommateurs peut être modifié, etc.

  • Là encore, le bon fonctionnement du marché permet l’adaptation aux nouvelles conditions : par exemple, la baisse de la demande induit une moins grande concurrence entre les demandeurs ce qui fait baisser le prix ; cette baisse des prix induit une baisse de la production, puisque cette production devient moins rentable. Les quantités échangées baissent : la quantité offerte s’adapte à la quantité demandée.

2.2.2. Une taxe forfaitaire peut par exemple modifier l'équilibre de marché.

L’équilibre de marché est donc régulièrement modifié par les variations des courbes d’offre et de demande. Ces variations peuvent notamment provenir des pouvoirs publics, qui peuvent intervenir sur les marchés de manière à modifier les comportements des producteurs ou des consommateurs. Dans le cas de ces incitations, certaines décisions des pouvoirs publics peuvent en effet engendrer des effets prix ou revenus. Par exemple, lorsque, pour des motifs écologiques de réductions de la pollution atmosphérique, les pouvoirs publics décident d’accorder une prime à l’achat d’un véhicule automobile électrique, ils augmentent finalement le niveau de la courbe de demande : la prime constitue un revenu supplémentaire pour les consommateurs, qui sont dès lors incités à privilégier les véhicules électriques plutôt que d’autres achats de véhicules plus polluants. D’autres incitations peuvent bien sur avoir des effets inverses : c’est le cas lorsqu’il s’agit de dissuader les consommateurs de cigarettes de continuer à acheter en augmentant régulièrement les taxes sur le tabac par exemple.

  • Pour présenter l’effet d’une taxe, prenons l’exemple d’une taxe forfaitaire sur l’acquisition d’un véhicule automobile polluant, ce qui correspond globalement au principe du bonus-malus écologique automobile français. Les taxes forfaitaires sont des sommes fixes, indépendantes des ressources des contribuables et donc de leurs capacités contributives, qui s’ajoutent lors de l’acquisition d’un bien. Imaginons qu’une telle taxe forfaitaire, de 5000 Euros, s’applique lorsque l’on décide d’acheter un véhicule neuf émettant 170 g de CO2/km. Cette taxe forfaitaire est levée sur le producteur : c'est l'équivalent d'un coût supplémentaire qui s'additionne aux couts de production traditionnels. Pour le producteur, cette taxe ne modifie cependant pas son volume de production: la taxe reste un simple rajout. Le producteur va donc répercuter ce nouveau coût sur le prix de vente final : la courbe d'offre initiale va donc se déplacer, chaque prix augmentant désormais du montant de la taxe forfaitaire. L'exemple chiffré suivant permet de présenter cette évolution:

 

 

Prix sans la taxe en €

Quantité de véhicules produits

23 000

8 000

25 000

13 000

27 000

18 000

 

Prix avec la taxe de 5 000 €

Quantité de véhicules produits

28 000

8 000

30 000

13 000

32 000

18 000

 

 

Logiquement, à mesure que le prix s’accroit, la demande de véhicules diminue. La mise en place de cette taxe forfaitaire se traduit donc par une baisse de la demande assez prononcée, le long d’une seule et unique courbe de demande : les consommateurs observent les prix de vente, quel que soit le motif de leurs variations, taxes ou autres… Leur décision d'achat, en fonction des prix est la suivante :

 

Prix du véhicule

Quantité demandée de véhicules

23 000

20 000

25 000

15 000

27 000

10 000

28 000

8 000

30 000

5 000

32 000

4 000

 

 

Ces données chiffrées permettent de repérer que l’équilibre avec la taxe se fera pour une production de 8000 véhicules, vendu à un prix de 28 000€. Les tableaux permettent aussi de représenter graphiquement cette situation :

La taxe forfaitaire a donc conduit les consommateurs de véhicules automobiles à limiter leur achat, par rapport à la situation sans la taxe, du fait de la hausse du prix (d’ailleurs, vous le voyez, si ce sont les producteurs qui versent cette taxe, les consommateurs la paient aussi en partie). Il y a en effet eu un effet prix, ce qui a incité les acheteurs à prendre en considération la dégradation environnementale engendrée par les voitures polluantes. Il est alors possible d’envisager que la baisse de la consommation pour les véhicules polluants a pu se traduire par un report d’achat sur des automobiles émettant moins de 170 g/CO2/km ou sur d’autres modes de transport, plus respectueux de l’environnement.

En France, plusieurs types de taxes forfaitaires existent, même si ce type d’imposition reste assez peu fréquent. Vous pouvez penser à la redevance télévisuelle que l’on pait lorsqu’un logement dispose d’une télévision (elle permet de financer le service d’audiovisuel public), à la taxe de séjour que l’on verse sur son lieu de vacances (pour les services publics locaux), à la fameuse taxe "soda" (pour limiter la consommation de sodas trop sucrés en renchérissant le prix),  à certains timbres fiscaux pour les actes notariés, etc. Il est cependant plus fréquent d’avoir des taxes proportionnelles.