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Enseignement de Spécialité de SES de Première, Cours : Chapitre 3. Quelles sont les principales défaillances du marché ?

Chapitre 3. Quelles sont les principales défaillances du marché ?

L’idéal d’un marché parfaitement concurrentiel est bien difficile à observer dans la réalité, comme nous l’avons déjà vu au chapitre 2 : les situations d’oligopoles ou de monopoles génèrent des marchés imparfaitement concurrentiels, qui nécessitent une régulation particulière des autorités. Il faut aussi désormais tenir compte des défaillances de marché, qui peuvent remettre en cause l’équilibre Offre/Demande attendu. La notion de défaillance est cependant différente de celle que nous avons définie pour les marchés imparfaits : il s’agit d’une situation dans laquelle le résultat de la régulation par le marché est inadéquat ou impossible, c’est-à-dire que l’on est incapable d’atteindre la situation optimale d’équilibre. Pour autant, il est possible que les conditions de la concurrence que vous avez vues au 1er chapitre soient toujours respectées. Deux grandes formes de défaillances peuvent être répertoriées : celles liées à des problèmes d’allocation des ressources, avec par exemple une surconsommation de certaines ressources mal évaluées ou sans coûts pour l’utilisateur (c’est alors la plupart du temps les quantités qui sont impactées) ; celles liées à des stratégies des agents qui utilisent une information qu’ils sont les seuls à connaitre sur un marché (dans ce cas, c’est généralement le prix qui est modifié).

1. Les défaillances de marché concernent en premier lieu une allocation non optimale des ressources ou une régulation inefficace de ces ressources.

1.1. Les externalités sont une première forme de défaillance de marché.

1.1.1. Les externalités peuvent apparaitre lors de la production ou de la consommation d'un bien ou service.

La plupart du temps, les agents économiques raisonnent en tenants compte d’abord des dépenses privées qu’ils doivent supporter : les producteurs cherchent le profit le plus élevé possible, en fonction de leurs coûts de production, les consommateurs dépensent selon leur budget et le bien-être ressenti en consommant. Cette logique vous semble parfaitement acceptable voire rationnelle. C’est oublier qu’il peut exister des conséquences non prises en compte par nos consommateurs ou producteurs lorsqu’ils agissent ainsi ! Il peut en effet exister des externalités positives ou négatives pour toutes les activités économiques.

  • Les économistes désignent par « externalité » ou « effet externe » le fait que l'activité de production ou de consommation d'un agent affecte le bien-être ou l’activité d'un autre sans qu'aucun des deux ne reçoive ou ne paie une compensation pour cet effet. L’externalité peut aussi concerner la collectivité : les conséquences de la production ou de la consommation peuvent affecter non pas un agent ou un groupe d’agents, mais la société toute entière. Une externalité présente finalement deux traits caractéristiques. D'une part, elle concerne un effet secondaire, une retombée extérieure d'une activité principale de production ou de consommation. Une externalité est donc une conséquence inattendue ou non souhaitée d’une activité économique. D'autre part, l'interaction entre l'émetteur et le récepteur de cet effet ne s'accompagne d'aucune contrepartie marchande. L’externalité n’engendre a priori pas de transaction pécuniaire : le  marché  ne la sanctionne ni positivement ni négativement de manière spontanée. Ainsi, lorsqu’un apiculteur décide d’installer ses ruches à proximité d’un champ de colza en fleurs, il souhaite simplement obtenir une production de miel, dont la valeur marchande correspond à son travail . Il n’envisage pas que la pollinisation du champ faite par ses abeilles augmente la production de graines de colza de l’agriculteur et ne demande pas à celui-ci une compensation financière pour service rendu. L’agriculteur, quant à lui, n’imagine pas que les fleurs de son champ sont une partie du succès commercial de notre apiculteur : il ne demande pas un droit d’utilisation de son champ par les abeilles !
  • Une externalité peut être positive ou négative selon que sa conséquence sur le bien-être ou l’activité économique est favorable ou défavorable. Les externalités positives désignent donc les situations où un acteur est favorisé par l’action de tiers sans qu’il n’ait à payer. C’est une situation assez fréquente en économie : la vaccination faite par un médecin contre des maladies contagieuses permet aux entreprises de son secteur géographique de subir moins d’arrêts maladie, et donc de produire plus ; les aménagements urbains faits par une municipalité peuvent augmenter la valeur des logements des propriétaires privés de la ville, une augmentation du nombre d’utilisateurs d’un réseau rend plus intéressant son utilisation par d’autres (ainsi en est-il par exemple de votre téléphone portable et des réseaux sociaux que vous utilisez : plus nombreux sont les correspondants accessibles car équipés en téléphone et applications, plus l’abonnement devient intéressant pour vous – et plus les fournisseurs pourront vous vendre des forfaits -)… Les externalités négatives sont tout aussi fréquentes : l’un des premiers exemples historiques est celui de la locomotive à vapeur (qui se développe au XIXème siècle favorisant le transport des voyageurs et des marchandises) qui déclenche sur son passage des incendies, détruisant les récoltes ou les forêts du fait du rejet de cendres de charbon encore incandescentes. Le préjudice économique des incendies résulte alors du développement des lignes de chemins de fer. Aujourd’hui, la locomotive à charbon a bien souvent été remplacée par l’automobile : l’externalité négative est désormais celle issue des accidents causés par des voitures ou des bouchons ! Les automobilistes, en utilisant le bien qu’ils ont acheté, créent la congestion du trafic, les retards, la surconsommation d’essence, pour tous les autres utilisateurs de la route…

1.1.2. Les externalités négatives liées à la pollution engendrent une perte de bien-être collectif.

Les défaillances de marché sont particulièrement mises en évidence lorsqu’une pollution environnementale crée une externalité négative.

  • Lorsqu’une usine pollue son environnement en rejetant des déchets issus de sa production, elle inflige d’abord une nuisance aux habitants situés à proximité. Cette pollution n’est pas exclusivement liée à des rejets toxiques, elle peut aussi être visuelle ou sonore par exemple. Cette pollution va affecter le bien être des habitants, mais aussi leur engendrer des coûts au départ non prévus : certains vont devoir se protéger des nuisances en équipant leur logement de barrières contre le bruit, d’autres peuvent avoir à supporter des dépenses de santé importantes en cas de problèmes respiratoires, etc. De même le prix des habitations les plus proches de la pollution peut drastiquement baisser. Toutes ces conséquences économiques constituent le coût social de la pollution, celui que le producteur de la pollution fait supporter aux autres agents économiques. Par ailleurs, cette pollution va modifier les équilibres naturels ce qui, de manière indirecte dans ce cas, peut affecter le bien-être de certains agents, mais surtout peut se traduire par des dommages environnementaux irrémédiables ! La pollution peut détruire finalement l’environnement et remettre en cause notre développement durable. Parmi l’ensemble des coûts sociaux, il faut donc tenir compte du coût environnemental de la pollution, bien qu’il soit très difficile à mesurer précisément.
  • Toutes les externalités liées à la pollution vont alors fausser le jeu du marché, qui donne un prix de production des biens et services sans tenir compte de ces différents coûts. Mais mesurer cette défaillance du marché est généralement bien difficile : comment déterminer l’effet économique des impacts environnementaux, sanitaires, et sociaux ? Comment intégrer les modifications des valeurs économiques annexes (le prix de l’immobilier, le prix des matières premières agricoles touchées par la pollution, etc.) ? Dans le cas d’une pollution de l’air, on peut ainsi lister, de manière non exhaustive, plusieurs types de coûts :

                                                                                                  

 

Certains coûts sont assez facilement mesurables, comme ceux correspondant aux dépenses de prévention, mais pour la majorité des coûts présentés, il sera difficile d’en déterminer une valeur monétaire (comment mesurer la valeur de la destruction de la biodiversité ?). Pour autant, on l’observe bien, une externalité négative fait que les principes mêmes du marché sont défaillants : le prix d’équilibre est trop éloigné de ce que devrait être sa vraie valeur économique, si on intégrait tous les coûts induits par sa production.

1.1.3. Les pouvoirs publics peuvent cependant intervenir pour "internaliser les externalités".

Face à cette défaillance de marché , une régulation s’impose : les pouvoirs publics peuvent intervenir pour limiter les effets externes négatifs ou au contraire favoriser les externalités positives. Il faut alors réussir à internaliser les effets externes, comme le disent les économistes. Un mécanisme de correction du marché doit modifier le coût de production de l’émetteur, par exemple de la pollution pour lui faire prendre conscience des effets de son activité. Pour cela, les instruments à la disposition des pouvoirs publics peuvent alors être classés en trois catégories, consistant en général à faire appliquer le principe pollueur-payeur.

La réglementation est la solution la plus fréquente : elle consiste à interdire ou au contraire à rendre obligatoire certains comportements à l'origine des externalités. L’édiction de normes d'émission polluante maximum pour les véhicules, la circulation interdite ou alternée les jours de forte pollution en sont des exemples évidents. Ce type d'instrument, s'il n'est pas accompagné de mesures économiques, revient dans le cas d'externalités négatives, à faire peser la charge sur l'émetteur finale de la pollution.

Les incitations économiques sont aussi utilisées et préconisées par de nombreux économistes elles prennent le plus souvent la forme de taxes ou de subventions, sur les activités génératrices d'externalités. Le taux de taxe ou de subvention doit être idéalement fixé de manière à représenter le coût ou l'avantage associé à l'externalité. Les écotaxes, dont le montant dû dépend des quantités de polluants émis, ont ainsi pour objectif d'impliquer le pollueur en lui faisant supporter le coût social de la pollution. Elles portent généralement sur le producteur et l’émetteur final de la pollution (qui est le consommateur). 

La création de marchés est plus anecdotique, mais privilégié par certains libéraux : cela consiste à attribuer des droits de propriétés sur une ressource naturelle ou sur une pollution. Le propriétaire est alors incité soit à préserver sa ressource, soit à limiter son droit à pollution, de manière à pouvoir le revendre. Cela touche donc prioritairement le producteur de l’émission. C’est le cas des marchés de quotas d’émission carbone en vigueur en Europe par exemple.

1.2. Le marché peut être défaillant en présence de biens communs ou de biens collectifs.

En économie, les biens et services disponibles se décomposent en fonction de deux caractéristiques, liés à leur usage et à la manière de se les approprier. Le critère de rivalité est lié à l’usage et à la consommation des biens : un bien rival ne peut être consommé simultanément que par un seul utilisateur. Le critère d’ exclusion est lié à l’appropriation et à la capacité à réserver le bien aux seuls acheteurs : un bien exclusif ou excluable n’appartient qu’à celui qui l’a payé, et qui pourra donc se réserver son utilisation. Le marché permet généralement d’échanger de manière satisfaisante les biens à la fois rivaux et exclusifs. Pour autant, ceux-ci ne sont qu’une partie des biens disponibles ! Lorsque l’un des deux critères n’est pas respecté, le marché peut devenir défaillant, comme nous allons le voir pour les biens et services collectifs et les biens communs .