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Archive terminale : Chapitre 1. Quelles sont les sources de la croissance économique ?

2. Les mécanismes de la croissance : comment accroître la production ?

Vous avez appris en classe de 2nde que la production nécessitait deux types de ressources (les « facteurs de production ») : le travail et le capital. La première regroupe bien évidemment toute la main d'œuvre utilisée pour produire, tandis que la seconde désigne tous les biens durables, mais aussi les ressources immatérielles  qui outillent les travailleurs et leur donnent leur efficacité. Dès lors, comment produire plus si ce n'est en augmentant la quantité de travail ou la quantité de capital ? Une réponse évidente, qui est mise en évidence par les économistes néoclassiques, mais qui doit être approfondie si on veut bien comprendre le mécanisme de la croissance et ses enjeux

2.1. La croissance économique dépend de la quantité des facteurs de production et du « progrès technique »

Lorsque les économistes s'intéressent à la croissance économique à long terme, ils mettent tout d'abord en évidence que le côté « offre » est important. (En première vous avez surtout étudier le côté demande). Qu'est-ce à dire ? Tout simplement que l’augmentation des quantité produites dépendent des capacités de production. Il faut d'abord plus de travailleurs et plus de machines pour produire plus ce que les économistes néoclassiques résument par cette fonction de production :

Y = f(L,K) avec Y = quantités produites, L = nombre de travailleurs (ou d'heures de travail) et K = capital fixe utilisé.

Ainsi, pour que Y augmente, il faut que L ou K ou les deux augmentent.

L'intérêt de cette fonction de production est de permettre de mesurer (avec des chiffres !) si l'augmentation de la production augmente plus par le fait que le nombre de travailleurs (ou d'heures de travail) augmente ou si elle augmente plus du fait de l'accroissement du capital fixe utilisé.

Regardons quelques chiffres qui concernent des pays de l'OCDE entre 2000 et 2011 :

Contributions à la croissance et taux de croissance annuel moyen du PIB (en %) dans quelques pays développés de 2000 à 2011
 

Main d’œuvre

CapitalProductivité multifactorielleCroissance du PIB

Allemagne

0,000,380,761,12

France

0,180,620,381,18

États-Unis

-0,230,581,271,63

Espagne

0,711,22-0,071,85

Italie

0,180,60-0,440,34

Japon

-0,490,350,760,61

Royaume-Uni

0,201,020,521,72

Suède

0,450,761,032,23

Source : à partir de l'OCDE, Panorama des statistiques de l''OCDE, 2014

On voit que l'augmentation du capital a favorisé dans tous ces pays la croissance économique : 0,62 point sur les 1,18 % de croissance annuelle moyenne entre 2000 et 2011 en France soit un peu plus de la moitié de la croissance.

Par contre, l'augmentation de la main d’œuvre a un impact positif (comme en France et en Espagne) ou négatif (comme, par exemple, au Japon ou en Italie).

Cependant, les économistes se sont rendu compte qu'une partie très importante de la croissance n’était expliquée ni par l'augmentation de facteur « travail » ni par celle du facteur « capital ». Il y avait un « résidu » inexpliqué que les économistes ont assimilé à un « progrès technique » qui, dans ce sens, regroupait, en fait, des phénomènes très hétéroclites (qualité de la main d’œuvre, âge du capital, rôle des infrastructures, innovations proprement dites, etc.). On l'appelle souvent productivité globale des facteurs ou productivité multifactorielle (voir cette notion) comme dans le tableau ci-dessus. Par exemple, en France, 0,38 point des 1,18 % de croissance annuelle provient de ce « résidu » (soit presqu'un tiers) mais cela peut être bien plus comme aux États-Unis, au Japon ou en Suède. Pour ces derniers pays, on parle ce croissance intensive (et de croissance extensive quand elle provient de la croissance des seuls de production comme en Espagne et en Italie durant cette période).

Pour mettre de l'ordre dans toutes ces composantes de la croissance, nous étudierons tout d'abord, tout ce qui concerne la main d’œuvre puis le capital et enfin les techniques de production.

2.2. Travailler plus pour produire plus.

Les travailleurs, dans l'analyse économique, ce sont les « actifs », ceux qui travaillent contre rémunération. Pour qu'il y ait plus de travail, il faut donc d'abord augmenter la population active. Mais comment faire, puisque les évolutions démographiques sont largement données et ne peuvent être modifiées par les décisions politiques ? Et l'augmentation de la quantité de travail est-elle la seule voie possible ou bien peut-on jouer sur la qualité du travail ?

2.2.1. Dans les pays développés, l'accroissement démographique passe aujourd'hui principalement par le solde migratoire

La force de travail d'un pays, c'est sa population active, c'est-à-dire l'ensemble des personnes qui sont disponibles pour travailler – à l'exclusion, essentiellement, donc, des plus jeunes jusqu'à ce qu'ils sortent de formation, des plus âgés et de ceux qui font le choix de rester à la maison pour élever les enfants.

La taille de cette population active dépend d'abord des facteurs démographiques qui font s'accroître la population totale.

  • L'accroissement naturel – le solde des naissances et des décès – accroît la population totale et se répercute sur la population active. Une hausse de la natalité accroît le nombre d'actifs bien évidemment avec retard, le temps de l'éducation et de la formation – temps qui s'est nettement accru dans les pays développés. Ces facteurs démographiques « naturels » sont cependant de faible impact dans les sociétés développées comme la nôtre : le solde des naissance et des décès est aujourd'hui stabilisé à un niveau qui permet au mieux un très léger accroissement de la population totale sauf dans quelques pays comme les États-Unis et la France.
  • Par contre, le solde migratoire – la différence entre ceux qui quittent le territoire national et ceux qui y rentrent – est potentiellement plus dynamique : ce flux migratoire a d'ailleurs un impact assez direct sur la population active, puisque les immigrés sont le plus souvent de jeunes actifs. Pour l'ensemble des pays européens, il constitue pour les années à venir le principal sinon le seul moyen d'accroissement démographique de la population active.

2.2.2. Mais la population active peut aussi augmenter grâce à une modification des comportements sociaux

La taille de la population active dépend bien sûr de la population totale, mais aussi du comportement des individus face au travail : le taux d'activité mesure ainsi la part d'une génération ou d'une population qui fait le choix d'exercer, ou du moins de chercher, un emploi. De quoi dépend ce taux d'activité ?

  • D'abord de la longueur des cursus de formation. Plus les études sont longues, plus le taux d'activité des 15-25 ans sera faible – étant entendu qu'avant 15 ans, dans les sociétés développées, personne ou presque n'exerce d'activité rémunérée.

  • Ensuite le taux d'activité dépend de l'âge de cessation d'activité, c'est-à-dire de l'âge moyen de départ à la retraite. On sait que cet âge augmente tendanciellement dans tous les pays développés, l'allongement de l'espérance de vie forçant le recul de l'âge de la retraite pour permettre le financement des pensions.

  • Enfin, la population active peut varier en fonction du nombre de personnes qui renoncent à l'emploi pour élever leurs enfants.

2.2.3. Ensuite, la quantité de travail peut augmenter sans que le nombre de travailleurs change

La quantité de travail disponible dans un pays peut varier sans que la population active change : il suffit pour cela d'accroître ou de réduire la durée moyenne de travail effectuée par chaque actif. De quelle façon peut-on le faire ?

  • La première façon de faire consiste à agir sur la durée du travail prévue par le contrat de travail – que celle-ci soit encadrée par la loi ou pas, qu'elle soit définie hebdomadairement ou annuellement. En France, la durée moyenne du travail a ainsi diminué par la réduction de la durée légale du travail – les « 35 heures » – donc une réduction collective appliquée peu ou prou uniformément à l'ensemble des salariés. Mais le temps de travail a aussi beaucoup diminué à cause du développement du temps partiel, que ce temps partiel soit choisi ou subi par les salariés. Dans ce dernier cas, la baisse du temps de travail ne concerne qu'une partie de la population active, mais son impact sur la durée effective de travail n'en est pas moins réel.

  • La durée moyenne du travail peut aussi varier de façon plus individualisée, lorsque l'entreprise propose ou impose à ses salariés des heures supplémentaires, c'est-à-dire au-delà de ce qui est prévu par le contrat de travail ou, à l'inverse, en cas de chômage technique.

2.2.4. Conclusion

Vous le voyez : travailler plus suppose de faire des choix sociaux, complexes et potentiellement contradictoires. Faut-il, par exemple, allonger la durée des études pour améliorer la qualité du travail ou au contraire la raccourcir pour augmenter la population active ? Certains choix sociaux peuvent ainsi s'avérer pénalisant pour la croissance, comme l'inactivité des femmes ou leur faible accès aux études dans certains pays en développement. Inversement, la recherche de la croissance par un surcroît de travail peut avoir un coût social quand elle se fait au détriment de la vie de famille ou du temps libre.

2.3. Augmenter le stock de capital, pour produire plus voire pour donner de la force au travail !

Le deuxième facteur de production, le capital, est bien plus hétérogène que le travail puisqu'il regroupe aussi bien la pelle du terrassier que les bâtiments abritant les entreprises, les machines-outils comme les logiciels. Par quelles voies le stock de capital à la disposition des entreprises permet-il d'augmenter la production ? Il y a trois mécanismes essentiels :

2.3.1. Premièrement, l'accroissement du capital dans un pays permet de produire plus

En effet, lorsque les entreprises investissent, elles le font pour accroître leur capacité de production, on parle parfois d'investissement de capacité (il y a simplement un changement de l'échelle de production). Ainsi, avec plus de capital, elles peuvent produire plus sans que l'on augmente la productivité du travail ou du capital À côté de cette idée très simple, voyons d'autres mécanismes plus complexes qui mettent en jeu cette question de la productivité.

2.3.2. Deuxièmement, l'accroissement du capital par tête augmente la productivité du travail

Le travail ne se conçoit presque jamais sans un minimum d'équipement : bâtiment, outils, ordinateurs, bureaux, téléphones, véhicules …

L'ensemble constitue le capital productif qui donne au travail son efficacité : l'outil donne de la puissance au travailleur, les télécommunications accélère la transmission d'informations, les véhicules font économiser du temps de déplacement, etc.

Plus la quantité de capital dont dispose chaque travailleur – le « capital par tête » – est importante, et plus le travailleur est efficace et donc productif. Toutefois, bien sûr, on peut penser que les effets de cet accroissement du capital par tête sur l'efficacité du travail ne sont pas sans limites : que pensez-vous de l'accroissement de l'efficacité du travail d'une secrétaire qui disposerait de 3 téléphones au lieu de 2, ou de 4 au lieu de 3 ?

Le capital peut aussi remplacer le travail humain dans certaines tâches – c'est la mécanisation du travail : les distributeurs automatiques de billets ont remplacé les guichetiers des banques, les rames de métro circulent sans conducteurs. Quand le capital remplace le travail, une même production se fait avec moins de travail : on peut donc dire que l'apport en capital a fait augmenter la productivité du travail.

2.3.3. Enfin, l'utilisation du capital permet de bénéficier du progrès technique qui accroît l'efficacité et la puissance productive des équipements.

Le capital productif donne de l'efficacité au travail, mais l'évolution des techniques donne aussi plus d'efficacité au capital productif.

Le progrès technique change les outils que l'homme utilise en leur donnant plus de puissance (la machine à vapeur, par exemple, ou l'amélioration des capacités des ordinateurs) ou plus de précision (l'utilisation du Laser). On peut aussi dire que le progrès technique accroît la productivité du capital : avec un outil plus performant, on peut produire plus qu'avant.

Il faut noter que « l'incorporation du progrès technique » dans la production est d'autant plus rapide que le capital est renouvelé fréquemment. Il ne suffit pas qu'un équipement plus performant soit disponible pour que la production devienne plus efficace, il faut encore que les entreprises l'achètent ! En ce sens, l'investissement est une variable clé pour la diffusion du progrès technique, et une économie où les entreprises investissent peu est toujours une économie qui « décroche » sur le plan technologique.

2.4. Améliorer les techniques de production par l'innovation.

On a déjà mentionné l'incidence du progrès technique sur la croissance en évoquant l'amélioration de la qualité des équipements productifs. Cependant, l'innovation peut avoir un impact beaucoup plus large sur les processus de production qu'elle peut transformer en profondeur, modifiant non seulement les équipements utilisés, mais aussi les méthodes de production, l'agencement du capital et du travail, la définition des tâches, des compétences etc.

2.4.1. Le progrès technique permet de changer les processus de production

L'ensemble de l'entreprise est alors recomposée, avec un usage plus rationnel des différents facteurs de production et, au final, une productivité de l'ensemble des facteurs qui s'améliore.

On a vu précédemment (voir plus haut § 223) que le progrès technique améliorait les équipements utilisés par les travailleurs et par là améliorait l'efficacité productive. Mais le progrès technique n'agit pas seulement au travers de la productivité du capital, il peut aussi transformer complètement les techniques de production pour les rendre plus efficaces. Ces « innovations de procédé », ainsi nommées par l'économiste J. Schumpeter, ne consistent pas en une amélioration technique d'un des outils utilisés par les travailleurs, ou par une compétence accrue de ces mêmes travailleurs, mais en une redéfinition complète de la façon de produire, en utilisant d'autres outils et d'autres compétences.

On peut prendre comme exemple le commerce en ligne qui révolutionne la distribution. Certes il y a à l'origine une innovation technique précise (internet), mais cette nouveauté technique conduit à transformer complètement le circuit commercial. A la place d'un réseau de magasins à proximité des clients, il faut désormais avoir un site internet bien repéré, facile d'emploi et à grosse capacité. Plutôt que des compétences commerciales et de contact avec le client, il importe surtout d'avoir une parfaite gestion des stocks et excellente logistique permettant de livrer les clients rapidement et sans erreur. D'un modèle à l'autre, on n'a pas « amélioré» les facteurs de production, on les a complètement changés.

L'innovation de procédé transforme tellement le processus de production qu'on ne peut guère parler d'une hausse de la productivité du travail ou du capital – encore que les facteurs, pris isolément, sont effectivement plus efficaces – mais plutôt d'une « hausse de la productivité globale des facteurs ». C'est la nature des facteurs de production et la façon de les utiliser qui ont changé, et c'est ce changement global qui est source d'efficacité.

2.4.2. Indépendamment du processus technique de production, la réorganisation du travail permet également d'améliorer l'efficacité de tous les facteurs de production.

L'innovation de procédé n'a pas forcément un dimension technologique, elle peut aussi être organisationnelle.

Une redéfinition des tâches à accomplir, une nouvelle répartition de ces tâches entre les salariés, de nouveaux modes de coordination entre les postes de travail, tout cela constitue une nouvelle organisation du travail, et celle-ci peut être source d'efficacité comme le travail à la chaîne durant les Trente glorieuses dans certains secteurs d'activité, la spécialisation des tâches ou au contraire, dans d'autres secteurs, la polyvalence des travailleurs.