3.1. Une politique monétaire commune dans la zone euro a des avantages et des inconvénients

Une monnaie unique nécessite bien évidemment une politique monétaire commune. Présentons tout d’abord les avantages d’une politique monétaire commune du point de vue économique. Si l’on excepte le passage lui-même à l’euro qui a été le moment d’arrondis avantageux pour certains commerçants (cafés, restaurants, coiffeurs par exemple) au détriment des consommateurs qui ont perdu du pouvoir d’achat, l’euro et la politique monétaire qui lui est liée a permis une assez bonne maîtrise de l’inflation (autour de 2 % ce qui était et reste l’objectif principal de la politique monétaire). Évidemment, cela a été favorable au pouvoir d’achat des consommateurs de la zone euro… ce qui n’avait pas été forcément le cas avant l’adoption de l’euro dans de nombreux pays européens comme la France. L’autre avantage fondamental de la création de l’euro a été la disparition des crises de change au sein de l’union européenne. Avant la grande crise des changes de 1992-93, il y a eu pas moins de 12 changements de parité officielle (depuis 1979 date du début du SME) : c’est ainsi que le franc français a perdu 30 % de sa valeur ! En 1992-93, la spéculation contre la monnaie de certains pays avait entraîné la sortie de la lire et de la livre du SME et une extension des marges de fluctuation à ± 15 % (contre ± 2,25 % auparavant) ! Vous pouvez concevoir, sans trop de difficultés, les conséquences de ces changements de parité sur les échanges intrazone et sur la croissance du fait de la nécessité d’augmenter les taux d’intérêt pour éviter justement la perte de valeur de la monnaie dans certains pays. Avec l’euro, ce type de problème a disparu… mais d’autres sont apparus.

Citons deux inconvénients essentiels d’une politique monétaire commune.

En premier lieu, avec une monnaie unique et une politique monétaire commune, chacun des pays abandonne son autonomie dans la conduite de sa politique monétaire. L’inconvénient, vous le comprenez bien, est grand quand un pays connaît une situation économique différente de celle des autres pays européens puisque la BCE n’agit qu’en fonction de la situation globale de la zone quelles que soient les conséquences pour le pays. Quelques mots quand même pour préciser cela. Supposons que dans l’Union européenne il existe un risque d’accélération de l’inflation. Supposons en même temps que dans un des pays de l’Union, à l’inverse, ce risque d’inflation soit nul alors qu’il connaît une faible croissance et un chômage élevé. Ce risque d’inflation dans la zone euro pousse la BCE à augmenter les taux d’intérêt ce qui est, évidemment, néfaste au pays qui connaît déjà une faible croissance : la hausse des taux d’intérêt réduit la demande et donc la croissance économique et finalement l’emploi.

Dans la zone euro, nous l’avons rappelé, la politique monétaire vise principalement à maîtriser l’inflation ; certains économistes pensent que cette politique a engendré une faible croissance économique.

Sur l’ensemble de la zone euro, il semble effectivement que la croissance économique a été plus faible que dans les autres pays de l’UE non membres de la zone et qu’aux États-Unis. On peut dès lors avancer que la lutte contre l’inflation a nécessité des taux d’intérêt plus élevés qu’il n’aurait fallu pour que la croissance soit plus forte : c’est le raisonnement « taux d’intérêt élevés donc faiblesse de la consommation et de l’investissement donc faiblesse de la production et faible croissance ».

Cependant, vous le savez, la croissance économique dépend de multiples facteurs et pas uniquement des taux d’intérêt et de la politique monétaire. D’autres économistes estiment en effet que cette faiblesse de la croissance serait plutôt due à un problème d’offre de nouveaux produits et de faibles gains de productivité et donc à un défaut d’innovation (efforts de R&D, éducation, etc. seraient insuffisants). D’autres économistes encore, mettent en cause plutôt les politiques budgétaires menées. C’est ce que nous allons étudier maintenant dans le cadre de l’Union européenne.