Synthèse Chapitre 2. Comment expliquer l'instabilité de la croissance ?

Vous avez vu dans le chapitre précédent que la croissance économique se faisait notamment par l'accumulation de facteurs de production (travail et capital), par l'amélioration du processus de production et par l'innovation technique. Si les quantités de facteurs pouvaient s'accroître de façon proportionnelle, si les innovations survenaient de façon uniforme, alors la croissance serait un processus régulier.

Mais vous savez qu'il n'en est rien : le progrès technique dépend aussi du hasard des découvertes ; les proportions de facteurs peuvent changer selon le choix des combinaisons productives ; et la demande peut varier selon les caprices des consommateurs ou d'autres facteurs encore. Les économistes ont ainsi l'habitude d'expliquer les aléas de la croissance par des « chocs » d'offre et de demande, c'est-à-dire des modifications imprévues des conditions de production ou du niveau de la demande.

Ces aléas de l'activité économique peuvent prendre un aspect plus inquiétant lorsque l'économie s'enfonce dans une crise durable et profonde, dans la dépression voire dans la déflation.

1. Les fluctuations de l'activité économique : de la variabilité de la croissance à l'existence de crises

Le PIB n'augmente pas forcément de manière régulière ; parfois il peut baisser.

1.1. Le PIB connaît des accélérations et des ralentissements de sa croissance

Quelles que soient les périodes étudiées, sur quelques mois, quelques années ou quelques décennies, la croissance n'est jamais régulière. Il est ainsi fréquent, que d'un trimestre sur l'autre, la croissance en % du PIB change : si cette croissance augmente, il y a accélération de la croissance ; dans le cas inverse, il y a ralentissement économique.

Il en est de même sur quelques années. Prenons l'exemple de la croissance en France durant les dernières années. En 2012, selon l'INSEE, le PIB a augmenté très faiblement de 0,2 % (en volume, par rapport à l'année précédente), de 0,7 % en 2013 et de nouveau de 0,2 % en 2014. Nous avons ainsi une accélération (même très faible …) de la croissance économique entre 2011-2012 et 2012-2013. Par contre, l'année suivante est une année de ralentissement le PIB n'augmentant plus que de 0,2 % contre 0,7 % l'année précédente.

A plus long terme, qu'observe-ton ? La période bien connue des Trente glorieuses est une période de forte croissance économique : environ 5,4 % en moyenne par an entre 1950 et 1974. Elle est suivie d'une période de fort ralentissement puisque le PIB n'augmente plus que de 2,5 % en moyenne par an entre 1975 et 1989, suivie d'une nouvelle période de ralentissement : le PIB n'augmentant que de 1,9 % entre 1990 et 2007, d'après l'INSEE. Ainsi, la croissance annuelle baisse d'abord de 2,9 points puis de 0,6 point même si, au cours de ces trois périodes, le PIB augmente toujours.

1.2. L’existence de crises économiques

Il arrive bien sûr que le PIB baisse, ce qui correspond à une crise au sens strict du terme (voir la notion « crise économique » pour plus de précision). Toutefois, cela n'arrive que très rarement. Lorsqu'on l'on se situe à court terme (disons quelques trimestres), l'INSEE désigne par récession la baisse du PIB. Par exemple, récemment, le PIB trimestriel de la France a baissé au 4ème trimestre 2012 et au 1er trimestre 2013.

Si l'on prend l'évolution annuelle, les baisses du PIB sont plus rares encore. Depuis que l'INSEE mesure le PIB, la baisse n'a concerné que les années suivantes : en 1975, en 1993 et en 2009 ! Par conséquent, les économistes utilisent souvent la notion de crise économique pour décrire plus largement des années au cours desquelles la croissance économique ralentit fortement. On parle donc aujourd'hui de crise économique depuis 2008, tout comme on a pu le faire pour les années qui ont suivi les Trente glorieuses.

Quoi qu'il en soit, on voit clairement que la croissance économique est instable et que l'on peut y déceler des périodes de « crises » à court, moyen ou long terme.