2.2. D’autres conflits peuvent se développer en réponse à des changements non souhaités

D’autres mouvements sociaux peuvent aussi s’opposer à des modifications de règles d’organisation de la vie sociale qui ne sont pas forcément portées par des groupes sociaux spécifiques. Précisons tout d’abord, ce que l’on appelle « mouvement social », expression que nous n’avons pas encore bien définie et qui peut sembler contradictoire avec les exemples choisis ici. Il s’agit de toute  action collective visant à changer les comportements et/ou les institutions en un sens favorable à un groupe actif et organisé. On parlera donc de mouvements sociaux pour qualifier toute action collective revendicative visant à transformer l’ordre social existant, c’est-à-dire les règles de vie sur lesquelles s’accordaient plus ou moins jusqu’alors les individus et différents groupes sociaux. Dans les cas qui nous intéressent ici, vous allez le voir, il s’agit plutôt d’un mouvement qui se forme pour lutter conte une volonté de changement en cours ou projeté (par des projets de loi par exemple). Il n’en demeure pas moins que l’on utilise l’expression « mouvement social » pour désigner les actions collectives utilisées.

Prenons deux exemples pour monter que certains mouvements sociaux peuvent être interprétés comme s’opposant à des changements en cours : les grèves de 1995 en France et les luttes altermondialistes.

Les grèves de 1995 en France, les plus importantes depuis mai 1968, ont débuté pour s’opposer à un projet de réforme des retraites dans le secteur public mais aussi à des réformes d’autres branches de la sécurité sociale comme la branche «  famille ». Il s’agissait notamment de rallonger la durée de cotisation pour avoir une retraite à taux plein dans le secteur public et la rapprocher de celle du privé, mais aussi de rendre imposables les allocations familiales, d’augmenter les cotisations maladie payées par les chômeurs et les retraités. Ces mesures, qui réduisaient certains « acquis sociaux », ont abouti à des grèves et des manifestations dans le secteur public mais aussi privé. Ces mouvements se sont traduits notamment par le retrait des mesures sur les retraites et donc l’abandon de nouvelles règles prévues par le gouvernement de l’époque.

Autre exemple de refus des évolutions économiques et sociales en cours : les luttes altermondialistes. Ce mouvement ne s’oppose pas à la mondialisation en général, mais à la mondialisation telle qu’elle existe aujourd’hui – cette formulation revendique donc une autre mondialisation. Il est présent dans la plupart des pays du monde avec notamment l’association ATTAC mais parfois avec le soutien de certains partis politiques et de syndicats de travailleurs. Son objet est clair : il s’oppose de manière explicite à la mondialisation telle qu’elle se développe aujourd’hui par l’action des  firmes transnationales, et celle des organisations mondiales comme le F.M.I., l’OMC ou la  Banque mondiale qui prônent une libéralisation des économies et des échanges. Ce mouvement souhaite que la mondialisation soit plus respectueuse des hommes (contre le travail des enfants par exemple), de l’environnement (contre la déforestation au Brésil,…), de l’égalité entre individus, etc. Dans ce domaine, les résultats de ces luttes sont sans doute assez mesurés même s’il semble que les FMN prennent plus en compte qu’autrefois ces valeurs dans leur stratégie ou leur façon de produire.