Spécificités socio-culturelles

Lexique

Particularités sociales et culturelles caractéristiques d'une société et la différenciant des autres.

Définition

Ayant défini la mondialisation économique actuelle comme le processus d' intégration croissante -au niveau mondial- de tous les marchés (des biens, des services, des liquidités, des capitaux financiers, et -dans une bien moindre mesure- du travail), les sciences économiques et sociales ne peuvent pas se désintéresser des conditions sociales et culturelles qui accompagnent nécessairement un tel mouvement d'intégration, vers un modèle d'organisation économique commun, dans un grand nombre de sociétés nationales dont les identités étaient -jusque là - plutôt ancrées dans de profondes différences.

Chaque société nationale participant à ce mouvement le fait compte tenu des particularités sociales et culturelles de sa population. En amont, ces particularités peuvent s'avérer être des prédispositions favorables, défavorables, contrastées, pouvant jouer comme accélérateur et/ou frein d'un tel mouvement. En aval la question se pose des conséquences de la "marchéisation des pratiques et des esprits" sur les relations entre les catégories sociales plus ou moins bénéficiaires, et sur la réussite ou l'échec du "métissage culturel" (voir aussi notion d' acculturation) qui enrichira ou appauvrira chaque culture ou sous-culture participante, avec un bilan non acquis d'avance sur le plus ou moins de paix sociale intérieure et extérieure pouvant en résulter.

Indicateurs

L' IDH (indicateur de développement humain défini par ailleurs) est un indicateur synthétique de développement, cependant il se compose d'indicateurs partiels pouvant éventuellement témoigner de quelques spécificités sociales voire culturelles des pays.

Certaines spécificités sociales se laissent approcher par des moyens statistiques (on peut évaluer un certain nombre d' inégalités sociales par exemples). Certaines spécificités culturelles également (on peut tenter d'évaluer les affiliations et pratiques religieuses par exemple). Cependant les spécificités socioculturelles des "civilisations" et des groupes qui les composent sont avant tout des différences qualitatives dont rendent compte des essais et études comparatives ne pouvant pas se réduire à une batterie d'indicateurs.

Tendances

La tendance lourde est d'abord ce que Max Weber nommait la rationalisation des esprits et des modèles d'organisation liés à l'extension de la raison marchande.

D'un point de vue social, dans les pays concernés, cela débouche-t-il sur des climats sociaux internes et externes moins ou plus conflictuels ? En l'état actuel du processus, le champ de la conflictualité semble se modifier mais peut-être en se redéployant ?

D'un point de vue culturel, cela débouche-t-il sur la perspective de "l'homme unidimentionnel" (selon l'expression-repoussoir de H. Marcuse datant de 1964) ou sur la perspective d'une infinie différenciation de modèles, de choix, de styles, d'expériences et de différences durables ? Cela débouche-t-il sur une forme de multicuturalisme pacifié ou sur des risques majeurs de délitement du lien social à l'intérieur, voire de "chocs de civilisations" à l'extérieur ? Il y a en effet plusieurs tendances et plusieurs pronostics.

Enjeux

Voir la question des GRANDES TENDANCES

Un première question serait peut-être de savoir si ce mouvement de "rationalisation" wébérienne du monde se réalise vraiment de la façon "idéal-typique" annoncée ? La question est ensuite de savoir si le mouvement de mondialisation réellement existant rencontre de plus ou moins fortes résistances régionales et locales, et si ces résistances se fondent -plus ou moins- sur des spécificités sociales et culturelles, celles-ci étant ou non en voie de radicalisation ? Une question serait aussi de savoir si ce mouvement de mondialisation libérale lui-même est porté par une dynamique culturelle ? La question est encore de savoir si ce mouvement conduit ou non à l'émergence de nouveaux - et puissants- mouvements sociaux, ainsi qu'à des conflictualités plus ou moins maîtrisables et maîtrisées ?

D'autres questions se posent, en prolongement de la problématique durkheimienne de la phase d' anomie qui accompagne logiquement une période d'accélération du changement économique et social : qu'advient-il du lien social lorsque d'anciennes formes de sociabilité et de solidarité sont rapidement remises en causes, alors que les bénéfices de ce changement ne créent pas un ciment social immédiat pour les gagnants, et a fortiori pour les perdants, de cette évolution ? A quelles recombinaisons socioculturelles peut-on alors assister ? Faut-il encourager un certain nombre de repli communautaristes locaux voire ethniques pour réguler les nouvelles minorités ? Faut-il un nouvel interventionnisme étatique, plus préventif que répressif, chargé de fonder un nouveau contrat social républicain ? Peut-on réellement valoriser le multiculturalisme sans tomber dans un relativisme culturel dont on peut craindre les résultats en termes de perte définitive des repères collectifs et d'indifférention chaotique propice aux déferlements violents ? Et, sur le plan international, que restera-t-il -en fin de compte- de la diversité culturelle si rien n'est fait pour la préserver (on peut penser à la diversité linguistique par exemple), à l'heure de la nouvelle gouvernance qui gère les réseaux et les contenus de la formation, de l'information et des loisirs culturels ?

L'illustration la plus connue de ces interrogations sur le plan social est la question du sens et du destin local ou mondial des nouveaux mouvements sociaux que la presse qualifie d' "antimondialisation".

Et sur le plan culturel -en même temps que géo-politique- l'illustration majeure est la question du sens et du destin local ou mondial des "nouveaux communautarismes" notamment islamiques dans la mesure où certains auteurs y voient l'émergence d'un éventuelle grande nouvelle conflictualité mondiale qui pourrait s'analyser en termes de "choc de civilisations" ?

Dans tous les cas la question des spécificités socioculturelles du développement actuel interpelle à la fois les nouvelles conflictualités émergentes au sein des pays les plus développés, au sein des pays moins développés, et concernant les relations Nord/Sud.

Erreurs Fréquentes

Avoir une vision unilatérale des effets de la mondialisation sur la culture.

Oublier que la culture se comprend ici au sens sociologique.