Solidarité mécanique/organique

Lexique

La solidarité, au sens de Durkheim, correspond aux liens invisibles qui relient les individus entre eux et qui font que la société « tient » : la solidarité est le « ciment » de la société. Elle peut prendre deux formes celle fondée sur la similitude des comportements des individus et des valeurs de la société (c’est la solidarité mécanique) et celle fondée sur la complémentarité des activités et des fonctions des individus (c’est la solidarité organique).

Définition

La solidarité mécanique, pour E. Durkheim, est une forme de cohésion sociale fondée sur la similitude des comportements des individus et des valeurs de la société. La similitude des comportements et l’identité commune des individus fait qu’il n’y a pas de conflit portant sur les valeurs et les normes de la société. C’est la cohésion sociale de sociétés peu différenciées, traditionnelles ou de groupes sociaux réduits, où la conscience collective d’appartenir au groupe prime.

La solidarité organique, toujours pour E. Durkheim, est une cohésion sociale fondée sur la complémentarité des activités et des fonctions des individus. La cohésion sociale repose donc sur la coopération nécessaire entre individus ; la spécialisation fait que chacun a besoin des autres ce qui se traduit par un système de droits et d’obligations les uns vis-à-vis des autres. C’est la cohésion qui devrait exister dans des sociétés dans lesquelles la division du travail est très importante (très grande diversité des fonctions exercées par les individus) c’est-à-dire dans les sociétés développées. La conscience individuelle peut donc s’exprimer.

Indicateurs

Les indicateurs de l’existence de l’une ou l’autre forme de solidarité ne prend pas la forme de statistique. Dans l’approche de Durkheim, c’est le type de droit ou de justice qui permet de détecter leur existence.

Pour Durkheim, la solidarité mécanique peut être repérée par l’existence d’un droit essentiellement répressif, selon son expression. Celui qui ne respecte les valeurs et normes communes doit être puni d’une façon ou d’une autre (privation de liberté, amende, etc.). L’individu coupable doit souffrir du mal qu’il a fait à la société en ne respectant pas ses règles et ses valeurs.

La solidarité organique peut être reconnue par l’existence d’un droit essentiellement restitutif. L’individu qui est en faute doit réparer le mal qu’il a fait aux autres membres de la société : il a rompu la complémentarité et la coopération entre individus propre par cette forme de solidarité. Il doit réparer, « remettre en l’état » (en restituant le bien pris, en réalisant des travaux d’intérêt général, en versant des « dommages et intérêts », etc.). Pour la société, il ne s’agit plus de le faire souffrir de la rupture des liens qu’il a causée mais de permettre à nouveau la coopération entre individus.

On peut ajouter que l’absence de solidarité peut se mesurer à l’aide de données statistiques. Ainsi, pour Durkheim, une augmentation des taux de suicide et des taux de criminalité peut être le signe, la mesure, d’une tendance à l’affaiblissement de la solidarité : l’absence de normes, de valeurs communes acceptées par tous (voir la notion «  anomie ») du fait de changements sociaux implique l’absence de contraintes et peut se traduire par l’augmentation de comportements criminels.

Tendances

Pour Durkheim, ce sont les sociétés primitives ou très anciennes qui connaissent des formes de solidarité mécaniques alors que ce sont les sociétés modernes qui connaissent des formes de solidarité organique. Du point de vue historique, nos sociétés seraient passées d’une forme de solidarité mécanique à une forme de solidarité organique du fait de la tendance à l’approfondissement de la division du travail : dans les sociétés préhistoriques, les fonctions des individus étaient peu différenciées ; elles le sont devenues de plus en plus. Par conséquent ce qui fait la cohésion de la société n’est plus le partage de valeurs communes mais la coopération de nombreux individus différents mais utiles les uns pour les autres.

Enjeux

 Le premier enjeu est de se demander si la division du travail seule peut permettre la cohésion d’une société. Le second est de savoir si la solidarité organique a totalement fait disparaître l’existence de solidarités mécaniques.

En effet, si la division du travail s’accompagne d’une interdépendance accrue entre individus et donc de plus de coopération, elle s’accompagne aussi d’une plus grande diversité des situations au sein de la société. Or, cette diversité peut être source de problèmes divers : développement de l’individualisme (voir cette notion) et donc absence de valeurs communes, hiérarchie sociale pas forcément acceptée, etc. Ce sont les fondements de la cohésion sociale qui peuvent être altérés et conduire au développement de l’anomie.

Toutefois, des formes de solidarité mécanique soit perdurent soit peuvent être créées ce qui réduit ce risque. C’est ainsi que, par exemple, l’existence de groupes sociaux qui ont une forte identité peut attacher l’individu à la société et favoriser son intégration sociale. On peut ainsi penser aux identités culturelles géographiques (les bretons, les catalans…). De plus, précise Durkheim, des valeurs collectives peuvent être créées qui attachent l’individu à la société dans son ensemble par l’école notamment. Enfin, l’existence de règles collectives coordonnant des activités socioprofessionnelles spécialisées peuvent faire prendre conscience de l’utilité de chacun : dans le domaine professionnel, les accords d’entreprise, les conventions collectives favorisent la vie collective malgré des divergences d’intérêts.

Erreurs Fréquentes

 Confondre solidarité au sens de Durkheim et solidarité au sens courant du terme.

Croire qu’il n’existe plus de solidarité mécanique.

Penser que l’individualisme, lié à la solidarité organique, est automatiquement source de repli sur soi et d’absence d’intégration et de cohésion sociale.




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