Exploitation

Lexique

L'exploitation correspond à du travail non payé aux ouvriers par les capitalistes dans l'analyse marxiste.

Définition

L'exploitation correspond à du travail non payé aux ouvriers par les capitalistes.

En effet, pour Marx, la valeur d'un bien produit correspond à la valeur des dépenses pour le produire c'est-à -dire la somme de tous les biens et services utilisés (matières premières, machines utilisées etc.) et des salaires de ceux qui produisent mais aussi de la marge que s'approprient les capitalistes sur les produits vendus. Cette marge (le profit) ne peut être que soustraite à la valeur des salaires distribués : les biens et services utilisés ne peuvent produire plus de valeur qu'ils n'en ont alors que les ouvriers eux ajoutent de la valeur aux biens utilisés et transformés en étant payé le minimum possible. Les capitalistes ne tirent donc leur revenu que d'un travail non payé aux ouvriers, les capitalistes eux-mêmes n'effectuant pas de travail productif. Par conséquent, il y a bien exploitation : un groupe, les capitalistes, vit du travail d'un autre groupe, les ouvriers.

Indicateurs

Dans le vocabulaire marxiste, le travail non payé est appelé plus-value et le rapport entre cette plus-value et la valeur du travail payé est appelé taux d'exploitation.

En utilisant le vocabulaire plus courant, le rapport entre profits (qui peut être assimilé à la plus – value) et masse salariale est donc une mesure du degré d'exploitation. Aujourd'hui, on utilise plutôt comme mesure la part des salaires dans la valeur ajoutée ; mais il est possible de faire le lien entre cette part et le taux d'exploitation:

Si on suppose pour simplifier que toute la valeur ajoutée est distribuée sous forme de salaires et de profits, on peut faire apparaître facilement une relation entre le taux d'exploitation et la part des salaires dans la valeur ajoutée qui est le rapport entre les salaires versés et la valeur ajoutée créée :

salaires / valeur ajoutée = salaires / (salaires + profits) = 1 / [ (salaires + profits) / salaires ] =

[ 1 / (1 + (profits / salaires)) ] = 1 / (1 + taux d'exploitation)

Vous voyez donc que, lorsque la part des salaires dans la valeur ajoutée baisse, cela signifie que le taux d'exploitation augmente : on peut donc suivre l'évolution du degré d'exploitation en suivant l'évolution de la part des salaires dans la valeur ajoutée.

Tendances

Pour les économistes marxistes, au XIXèmesiècle, l'exploitation passait surtout par l'allongement du travail non payé (faiblesse de la réglementation de la durée du travail) et par la forte concurrence qui existait entre travailleurs et ramenait le salaire au niveau de subsistance

Peu à peu, l'exploitation a pris une nouvelle forme : l'intensification du travail, la mécanisation ont permis des gains de productivité. Ces gains de productivité ont permis de baisser les prix des biens de première nécessité (ce qui a facilité la baisse des salaires nominaux des travailleurs), d'augmenter fortement la part du travail non payé (les salaires ayant baissé du fait aussi de la concurrence toujours forte entre ouvriers : c'est la fonction des périodes de fortchômage et de la présence d'une « armée de réserve industrielle) et ainsi d'augmenter la plus-value accaparée par les capitalistes sous formes de profits plus élevés.

De nombreux économistes non marxistes estiment que les rapports entre ouvriers (salariés de manière plus générale) et capitalistes ont évolué de manière différente. En réalité, les gains de productivité n'ont pas été répartis de manière aussi radicalement défavorable aux ouvriers. En effet, ces derniers ont bénéficié à la fois de hausses de salaire très importantes et d'une baisse considérable du temps de travail. Bref, les conditions de travail n'ont plus rien de l'exploitation qui existait au milieu du XIXème siècle. (voir rubrique enjeux)

Enjeux

Le principal enjeu est bien évidemment de savoir si l'exploitation des travailleurs par les capitalistes existe.

Est-ce que seuls les travailleurs sont productifs comme le prétend Marx ? Les profits réalisés ne correspondent-ils pas à une activité productive même indirecte des entrepreneurs ? Ne rémunèrent-ils pas les risques pris par l'entrepreneur et la rémunération du capital engagé (voir Schumpeter) ?

De plus, la baisse du temps de travail, la hausse des revenus des travailleurs, les règles sociales plus protectrices pour les salariés, par rapport à celles existant au XIXème siècle, ne peuvent-elles pas laisser penser que l'exploitation, si elle a existé, n'existe plus ?

D'un autre côté, l'amélioration des conditions de travail et de vie des salariés a-t-elle vraiment abouti à une société sans classes sociales (voir cette notion) ? Les améliorations concédées aux salariés n'ont-elles pas eu pour but ou au moins pour conséquence de faire disparaitre les grandes luttes de classe sans pour autant abolir l'exploitation ? Plutôt que de parler de disparition de l'exploitation, ne faut-il pas s'intéresser au degré d'exploitation des travailleurs qui pourrait être plus ou moins important ?

Voilà quelques éléments portés à votre réflexion !

Erreurs Fréquentes

Ne comprendre dans le terme « exploitation» qu'une situation particulière liée à un comportement abusif des employeurs. Pour Marx, au contraire, que les capitalistes le veuillent ou non, qu'ils soient bienveillants ou non, le système fait qu'ils exploitent les ouvriers.