Etat providence, universaliste, corporatiste, residuel

Lexique

Le modèle universaliste de l'Etat providence (ou social-démocrate) assure à  l'ensemble de la population un niveau de protection sociale élevé financé par l'impôt. Le modèle libéral ou résiduel de l'Etat providence assure un faible niveau de protection sociale souvent réservé aux plus pauvres et financé par l'impôt. Le modèle corporatiste ou « conservateur » assure une protection sociale aux individus ayant cotisé, donc travaillé.

Définition

AVERTISSEMENT A PROPOS DE CES NOTIONS Les notions au programme mêlent deux types d'analyses totalement différentes :

  • La première correspond à  celle permettant de classer les Etats providence, selon l'analyse d'Esping-Andersen, entre un modèle universaliste (ou social-démocrate), un modèle libéral (ou résiduel) et un modèle corporatiste (ou conservateur). Il devrait alors y avoir trois notions.
  • La seconde correspond à  la distinction politique entre universalisme et communautarisme et s'applique aux sociétés en général (alors que dans la première conception, c'est de l'Etat et de la protection sociale seulement qu'il s'agit).

Nous traitons ici la première conception, celle que nous pensons être au programme, bien qu'elle ne corresponde pas aux notions figurant dans la troisième colonne du programme. Vous trouverez à  la notion " Universalisme / corporatisme " la seconde conception.  

Esping-Andersen considère qu'il existe trois types d'Etats providence : 

  • Le modèle universaliste de l'Etat-providence (ou social-démocrate) assure à  l'ensemble de la population un niveau de protection sociale élevé financé par l'impôt. L'absence de revenus liée à  la maladie, à  la retraite etc. est largement compensée. Les individus sont peu dépendants, pour vivre, de leur insertion sur le marché du travail : il y a une forte " démarchandisation ". Historiquement, ce modèle est beveridgien et est particulièrement présent dans les pays scandinaves.
  • Le modèle libéral ou résiduel de l'Etat-providence assure un faible niveau de protection sociale souvent réservé aux plus pauvres et financé par l'impôt. La couverture des risques sociaux dépend largement de l'insertion des individus sur le marché du travail leur permettant de gagner des revenus finançant une couverture privée. Ce système est donc peu " démarchandisé ". Historiquement, ce modèle est beveridgien et est présent aux Etats-Unis, au Canada et en Australie.
  • Le modèle corporatiste ou «conservateur» de l'Etat providence assure une protection sociale aux individus ayant cotisé donc travaillé. La « démarchandisation » est donc moyenne : les aides accordées sont relativement importantes mais dépendent du revenu antérieur (donc du statut socioprofessionnel sur le marché du travail). Historiquement ce modèle est bismarkien et est présent largement en France et en Allemagne. 

Indicateurs

Les indicateurs utilisés pour classer les pays dans un des modèles sont bien sûr la nature du financement (cotisations ou impôts), le niveau  des prestations sociales (et le délai pour les obtenir) et notamment celles octroyées en cas d'absence provisoire ou définitive sur le marché du travail (pour cause de chômage, de problème de santé, de vieillesse notamment), la proportion de personnes couvertes, etc. Dans le domaine de la retraite, on peut citer aussi le nombre de régimes spéciaux de retraite (si ce nombre est élevé, comme en France, on est dans un système corporatiste).

Tendances

Chaque pays a connu ses tendances propres aboutissant à  l'un des trois modèles de protection sociale. Toutefois, la réalité est souvent plus complexe que les modèles et la France, par exemple, emprunte au moins à  deux modèles : le modèle corporatiste est très important (de très nombreuses prestations dépendent du niveau de salaire antérieur, de la durée de cotisation etc. : retraite, allocations versées pour cause de chômage notamment) ; cependant, il existe de nombreuses prestations versées uniquement aux plus défavorisés (RMI, minimum vieillesse, CMU) sans qu'ils aient cotisé : on n'est plus dans la logique de l'assurance.

Les réformes actuelles peuvent modifier la nature des Etats providence : en réduisant les prestations versées, en faisant plus de place à  des assurances privées (retraite, maladie), ne nous dirigeons-nous pas un peu plus vers un modèle libéral ?

Enjeux

  • Le premier enjeu est de mettre en évidence le rôle de l'Etat par rapport à  celui du marché dans la couverture des besoins des individus. Les modèles universalistes permettent aux travailleurs de pouvoir vivre (très modestement certes !) sans avoir à  s'insérer sur le marché du travail. Le rôle régulateur du marché du travail est donc fortement contesté. A l'inverse, le modèle libéral accorde au marché le rôle essentiel : les travailleurs sont donc très dépendants de l'évolution du marché du travail. Suivant la nature de l'Etat-providence, la régulation de l'activité économique est totalement différente (avec une tendance plutôt libérale ou plutôt sociale-démocrate).
  • Un autre enjeu est d'établir le rôle de l'Etat-providence dans le redistribution des revenus qui est maximale dans les modèles sociaux-démocrates ou absolument secondaire dans les modèles corporatistes (pensez à  la façon dont sont calculées les allocations versées aux chômeurs et aux retraités en France, même s'il existe, c'est vrai, de plus en plus de prestations sous condition de ressource).
  • L'impact des formes d'Etat-providence sur le statut social des femmes est un autre enjeu très important mais beaucoup moins net. Par exemple, aux Etats-Unis, la protection sociale repose sur une entraide familiale donc renforce le rôle traditionnel de la famille et de la femme au seinde la famille (pour s'occuper des enfants en cas de maladie) mais à  l'inverse peut inciter les femmes à  travailler, à  monter dans la hiérarchie sociale au sein des entreprises pour que la famille bénéficie d'un revenu suffisant permettant une couverture privée des « risques sociaux ».

Erreurs Fréquentes

Des erreurs à  ne pas commettre :

  • Croire qu'il n'existe aucune protection sociale aux Etats-Unis.
  • Croire que le système de protection sociale en France est le plus généreux et le plus efficace du monde (ou, au contraire, le plus mauvais...).
  • Sous-estimer l'impact de la forme d'Etat providence sur le fonctionnement du marché du travail.