Changement social

Lexique

Transformations durables de l'organisation sociale ou de la culture (au sens sociologique) d'une société.

Définition

  • La définition souvent retenue est celle de G. Rocher (voir cours) : le changement social est « toute transformation observable dans le temps, qui affecte, d'une manière qui ne soit pas que provisoire ou éphémère, la structure ou le fonctionnement de l'organisation sociale d'une collectivité donnée et modifie le cours de son histoire ».

  • Quelques remarques (en plus de celles du cours) :

    • les éléments de structure de l'organisation sociale qui peuvent connaître des changements sont, par exemple, la structure de la population active (selon les secteurs d'activité, selon les professions, etc.), l'importance de l'urbanisation, etc.

    • les éléments du fonctionnement de l'organisation sociale qui peuvent se modifier et traduire un changement social sont, par exemple, les règles qui permettent à la vie sociale de s'organiser ( au sein de la famille, des entreprises, d'un établissement scolaire, etc.), la nature de la socialisation et du contrôle social (plus ou moins impératif), les formes de régulation sociale (espaces de négociation plus ou moins étendus), etc.

    • le cours de l'histoire de la société est affecté par ces changements avec, par exemple, le développement de l'individualisme, la modification des liens sociaux, le respect moindre des hiérarchies établies, etc.

Indicateurs

Il n'existe pas un indicateur du changement social ; par contre, il en existe une multiplicité qui traduisent différents éléments du changement social (certains reprennent ceux présentés dans la notion « développement ») :

  • Espérance de vie à  la naissance, indice synthétique de fécondité (sa diminution montre, surtout dans les pays du Tiers monde, la modernisation car il signifie une rationalisation des comportements).
  • Taux d'urbanisation même si, dans les pays du Tiers monde, cet indicateur doit être manié avec prudence étant donné l'importance des bidonvilles.
  • Structure de la population active notamment par secteurs d'activité pour montrer le passage des sociétés paysannes aux sociétés modernes.
  • Taux de scolarisation, importance des pratiques religieuses, etc.

Tendances

Elles seront bien sûr développées dans différents chapitres ; citons rapidement :

  • Développement de l'individualisme, de la rationalisation (liée en grand partie, à la scolarisation) avec l'idée de modernisation des sociétés.

  • Hiérarchies sociales moins rigides, « moyennisation » de la société, réduction des inégalités.

  • Transformation des liens sociaux et renouvellement des solidarités (au sein de la famille, du métier, grâce à l'Etat, etc).

  • Institutionnalisation des conflits sociaux.

Enjeux

  • Un événement, un fait divers, n'est pas constitutif d'un fait social (il peut en être représentatif parfois) ; de même, des changements, qui peuvent apparaître importants, doivent être relativisés : par exemple, l'urbanisation a été un changement social considérable dans les pays développés, la « rurbanisation » ne produit et ne produira pas les mêmes changements !

  • Y-a-t-il des liens entre développement et changement social ? Oui … par définition (cf définition du développement) : le processus de développement s'accompagne de changements sociaux.

  • Y-a-t-il des liens entre croissance et changement social ? Oui. Quelques exemples. Tout d'abord, la croissance s'accompagne d'une modification de la nature de la production, donc du cadre de vie ( rapport à la nature et au progrès technique, urbanisation) et donc du contrôle social, du travail ( séparation du lieu de travail et du lieu de vie familiale), donc de la structure sociale et des formes d'identification collective (classe ouvrière, etc.). Ensuite, le changement social favorise la croissance en détruisant certains obstacles sociaux à la croissance. L'urbanisation favorise l'individualisme, la recherche du bien-être matériel, ce qui incite à l'amélioration de l'activité productive et donc des méthodes de production. De même, la valorisation de l'esprit d'entreprise, du progrès technique, des innovations favorise la croissance.

  • Apparaît ici une question importante : d'où vient le changement social ? Est-il lié uniquement à des aspects économiques ? Existe-t-il d'autres facteurs ? Souvent, il est distingué les facteurs exogènes (comme les causes technique ou économiques, les causes démographiques, l'apparition de valeurs nouvelles) et les facteurs endogènes (rôle des conflits sociaux, approfondissement d'une valeur existante comme la tendance à l'égalité) dans l'explication du changement social.

    • Facteurs exogènes : voir point précédent avec les conséquences de l'industrialisation. E. Durkheim insiste, lui, sur les conséquences de la croissance démographique qui diversifie et densifie les rapports sociaux, et rend les individus plus interdépendants et complémentaires (voir chapitres sur l'intégration et les solidarités). M. Weber met l'accent sur l'apparition de nouvelles valeurs (nées du protestantisme : la réussite matérielle est signe de l'élection, tous n'allant pas au Paradis ! contrairement à ce que dit la chanson ! !) qui incitent les individus à la recherche de la perfection dans les activités économiques (d'où l'épargne, l'investissement et la croissance économique).

    • Facteurs endogènes : K. Marx met en avant le rôle des conflits sociaux, des conflits de classe pour expliquer les changements de société, par exemple le passage du féodalisme au capitalisme ou pour comprendre les enjeux des rapports sociaux dans une société donnée (voir chapitres sur les conflits et la mobilisation sociale). A. de Tocqueville remarque lui une tendance à l'égalité présente dans toute société démocratique qui peut se traduire par des changements conséquents et divers et pas forcément positifs : recherche du bien-être, individualisme et indépendance, risque de perte de la liberté, etc. (voir chapitres sur la stratification sociale et les inégalités).

  • Le changement social peut-il être totalement assimilé au progrès social ? Totalement, sans doute pas : voir les analyses de Tocqueville. Le changement social, en lui même, peut être source de souffrances car il se traduit par le déclin des anciennes appartenances sociales et l'apparition de nouvelles identités plus valorisées que les anciennes. Il y a donc un processus d'acculturation au sein d'une même société. La disparition de certains groupes sociaux n'est pas forcément facile à supporter pour les individus qui ont vécu cette disparition comme ceux appartenant, par exemple, à la noblesse, à la haute bourgeoisie (XIXème - début XX siècle), à la paysannerie, etc pour prendre des exemples de « vastes » groupes sociaux.

Erreurs Fréquentes

Croire que les changements sociaux ne sont pas liés les uns aux autres. Le tableau suivant montre certains de ces liens pour le passage d'une société paysanne, traditionnelle, à une société urbanisée, moderne.

Sociétés paysannes

Sociétés modernes

Cadre de vie

Village, terre

Ville, mobilité

Activités économiques

Prédominance de l'agriculture

Prédominance de l'industrie puis de secteur tertiaire

Valeurs

Tradition, religion, communauté

Innovation, esprit d'entreprise, individualisme

Structure sociale

Hiérarchie stable avec une grande masse de paysans

Développement du salariat : ouvriers puis employés et classes moyennes

Intégration

Dans la famille, le village ; homogénéité des valeurs et comportements

En dehors de la sphère privée, par le travail et la complémentarité née de la spécialisation des tâches

Contrôle social et socialisation

Communautaire : de chacun sur tous dans le village ; charivari pour ceux qui ne respectent pas les règles

Sociétaire : plus grande autonomie de l'individu ; plus grande acceptation des écarts aux règles ; rôle accru de l'Etat (école, police, etc.)

Conflits sociaux et régulation

Conflits défensifs pour défendre des droits traditionnels ; caractère violent, soudain, peu organisé des émeutes ; régulation par des rapports de force

Conflits offensifs pour acquérir des droits nouveaux ; caractère réfléchi, organisé des revendications et des formes de revendication ; négociations, compromis et accord sur des règles provisoires