Acculturation

Lexique

Processus de transformation réciproque engagé à  la suite de la rencontre de deux groupes humains de cultures différentes. Les transformations touchent les deux cultures.

Définition

L' acculturation définie par D. Cuche peut s'entendre comme : "L'ensemble des phénomènes qui résultent d'un contact continu et direct entre des groupes d'individus de culture différente et qui entrainent des changements dans les modèles culturels initiaux de l'un ou des deux groupes ."(Denys Cuche, 1996)

Notons que les contacts doivent être directs et continus entre les groupes concernés. Les changements peuvent toucher un groupe seulement, ou les deux.

Exemples de changements liés à l'acculturation dans le domaine du langage : le mot tennis est arrivé en France depuis l'Angleterre, mais les anglais l'avaient eux-même reçu de la France, où le mot "Tenez" signalait le service au jeu de paume. Le français emprunte des mots à l'arabe : bled, alcool, algèbre, chiffre. Il emprunte en cuisine au moyen-orient le kebab, au maghreb le couscous et la merguez.

Dans un sens plus restreint, l'acculturation peut concerner un individu confronté à une culture différente de la sienne.

Indicateurs

Il n'y a pas d'indicateur précis pour cette notion.

On peut observer le processus d' acculturation à  travers les modifications (et réinterprétations) des pratiques sociales (par exemple l'augmentation des mariages mixtes), des valeurs ou des normes.

Tendances

On ne peut pas observer une tendance uniforme dans le processus d' acculturation, quand il y a une culture "dominante", elle ne s'impose pas forcément. Il peut y avoir des résistances et des emprunts dans les deux sens.

Enjeux

Sous l'influence du courant culturaliste, la culture a été (notamment au début du XXème siècle) perçue comme une entité bien distincte des autres, bien délimitée par des "frontières". Dans cette optique, tout contact d'une culture avec une autre culture risquait d'en altérer la "pureté". Le processus d' acculturation est alors perçu comme une atteinte à la culture "authentique".

En fait, les cultures se construisent au contact des autres et ne sont pas étanches, isolées par des frontières bien fermées. Il n'y a donc pas de cultures "pures" et d'autres qui seraient métissées.Toutes le sont plus ou moins à des degrés divers.

L'acculturation est donc un phénomène permanent, continu et non pas occasionnel. C'est même un phénomène universel et constitutif des cultures.

Les cultures dépendent des rapports sociaux qu'entretiennent les hommes entre eux. Or ceux-ci sont souvent des rapports de force. Les différentes cultures vont donc se trouver les unes par rapport aux autres en position de force ou de faiblesse. Mais les groupes socialement les plus forts n'arrivent pas toujours à s'imposer aux groupes les plus faibles. Les cultures sont donc des ensembles en construction permanente, avec des phénomènes de structuration, destructuration. Il n'y a pas forcément une culture donneuse et une culture receveuse. L'acculturation n'est jamais à sens unique, même quand une des deux cultures est dominante.

Dans ce contexte, comment les populations migrantes peuvent-elles s'intégrer ? Peuvent-elles garder leur culture d'origine ? En fait, c'est impossible : toute culture transplantée ne peut rester identique à elle même. Les populations immigrées inventent de nouveaux modèles culturels (comme les Noirs aux Etats-Unis). Il y a souvent dans un premier temps méfiance ou opposition face à la culture du pays d'accueil, puis adoption d'éléments de cette culture ou au contraire, parfois, rejet (on parle alors de contre-acculturation) pour réaffirmer certains traits de la culture d'origine. Souvent, le processus est complexe, fait à la fois de mélanges, réinterprétations, assimilations etc. On parle alors de syncrétisme qui est le métissage de traits culturels.

Roger Bastide (sociologue français) distingue plusieurs types d'acculturation :

  • une acculturation spontanée quand les cultures sont en contact libre,
  • une acculturation forcée, organisée, imposée par un groupe, comme lors de la colonisation ou de l'esclavage par exemple
  • une acculturation planifiée, contrôlée, dans le but de construire à long terme une culture, prolétarienne par exemple dans les ex-pays socialistes, ou une culture nationale.

Erreurs Fréquentes

  • Ne pas confondre acculturation et assimilation. Cette dernière ne constitue qu'un cas extrême d'acculturation. L'assimilation est la disparition totale de la culture d'un groupe qui assimile et intériorise la culture de l'autre groupe avec lequel il est en contact.
  • Ne pas confondre acculturation et ethnocide qui est "la destruction systématique de la culture d'un groupe", c'est-à -dire l'élimination par tous les moyens non seulement de ses modes de vie, mais aussi de ses modes de pensée. L'ethnocide est donc une déculturation volontaire et programmée. L'acculturation est, quant à elle, un phénomène consenti. (Denys Cuche).