2. Quels sont les avantages et inconvénients du libre-échange ?

La plupart des économistes estiment que le libre-échange est source d’avantages notamment pour les consommateurs. Toutefois, selon eux,  certaines situations économiques particulières peuvent justifier des pratiques protectionnistes même si le bilan des pratiques protectionnistes semble discutable.

2.1. Les avantages du commerce international justifient le libre-échange.

2.1.1. L'échange international accroît la diversité des produits et donc le choix du consommateur.

En ouvrant ses frontières au commerce international, un pays permet à ses consommateurs d'accéder des biens étrangers dont les caractéristiques sont souvent différentes des biens produits localement. C'est le cas des fruits et légumes exotiques qu'on peut désormais trouver sur les marchés français, mais c'est aussi le cas pour des biens qu'on pourrait croire plus standardisés comme les automobiles : pour les consommateurs, les voituresallemandes, françaises, japonaises ou italiennes n'ont pas les même caractéristiques (qualité, design, performances, etc.) et le commerce international permet bien un choix plus large de produits. Il y a donc un commerce international intra-branche, des échanges croisés de produits similaires mais non identiques : la France exporte ainsi des véhicules vers l'Italie, qui en retour exporte une partie de sa production automobile vers la France.

Ceci s'explique par le goût pour la variété des consommateurs : ils veulent avoir le choix entre plusieurs types de biens et services pour une gamme de prix donnée. Chaque consommateur peut alors valoriser une variété particulière d'un produit : il souhaite consommer son « produit idéal ». Certains vont préférer le design des voitures italiennes, d'autres privilégieront le confort des berlines françaises. Ainsi, les échanges internationaux augmentent le bien être ressenti par les consommateurs.

Cet avantage du commerce international est un argument en faveur du libre-échange. Il est moins souvent avancé, parce que le débat se concentre généralement sur les gains en termes de croissance que l'on peut tirer du commerce international. Pourtant, la diversité des objets de consommation est aussi une forme de richesse, et l'on souffrirait sûrement de la perdre si l'économie française se fermait brutalement au commerce mondial. Imaginez une seconde que l’importation de jeux vidéo soient interdites et que vous ne puissiez consommer que des jeux français : votre goût pour la variété serait réduit à néant !

2.1.2. L'échange international permet des économies d'échelle et donc une production à moindre coût.

C'est la deuxième justification du libre-échange dans le commerce international. Dans cette optique, le commerce international permet encore d'augmenter la productivité des facteurs, surtout celle du facteur capital, non pas grâce à la spécialisation des économies, mais par le biais de la concentration industrielle.

  • Le libre-échange permet aux entreprises de vendre davantage, et donc de produire davantage et de profiter d'économies d'échelle. L'ouverture des frontières au commerce international (le libre-échange) permet aux entreprises de trouver de nouveaux clients sur les marchés extérieurs. Si c'est le cas, les entreprises pour vendre plus, devront également produire plus. Cette augmentation de la production entraîne, dans beaucoup de secteurs et notamment les secteurs industriels, la réalisation d'économies d'échelle et donc la baisse des coûts de production. Ces économies d'échelle s’expliquent notamment de deux manières. Tout d'abord, les investissements onéreux en capital source de coûts fixes, comme une chaîne de montage, sont plus largement utilisés, ce qui réduit le coût moyen unitaire : les coûts fixes restent… fixes, mais sont dilués dans un plus grand volume de production. Ensuite, en produisant en grande série, on observe des effets d'apprentissage, et la productivité s’accroît en général.
  • La baisse des prix liée aux économies d'échelle augmente le pouvoir d'achat des consommateurs, ce qui accroît à nouveau la taille des marchés. La réduction des coûts de production dans les entreprises grâce aux économies d'échelle permet la baisse des prix de vente des biens et services. Le pouvoir d'achat des consommateurs augmente donc, et ils peuvent acheter une plus grande quantité de biens et services (les mêmes ou de nouveaux produits). Cette demande accrue impose d'augmenter l'offre, c'est-à-dire la production, ce qui renforce encore les économies d'échelle et la baisse possible des prix de production. On a donc un " cercle vertueux " qui s'enclenche entre le commerce international et la croissance économique.

On voit donc que le libre-échange, en favorisant le commerce international, génère des effets économiques favorables pour les consommateurs et les producteurs. En effet, il offre d’une part des gains appelés parfois statiques, qui surviennent une fois pour toutes lorsque la spécialisation s’est fait selon les avantages comparatifs : abaissement des coûts de production et des prix, meilleure allocation des ressources disponibles. D’autre part, il offre aussi des gains dynamiques, liés à la situation de concurrence accrue par le biais des économies d'échelle, à la diversité accrue des produits etc. On peut donc se demander pourquoi le libre-échange ne se généralise pas plus vite, par exemple dans le domaine des services ou des produits agricoles, ou pourquoi l'Union européenne, par exemple, a cherché à se protéger des importations textiles chinoises. Il y a, derrière ces pratiques protectionnistes, des éléments qui montrent, sans doute, que le libre-échange n'a pas que des effets positifs.

2.2. La persistance de pratiques protectionnistes montre cependant que le libre-échange crée parfois des difficultés économiques.

Le protectionnisme vise à protéger l'espace national face à l'entrée de biens ou services étrangers. Il suppose l'intervention de l’État car il nécessite des règles qui s'imposent à tous. Il faut donc que l’État ait des raisons pour agir ainsi, surtout si l'on songe aux intérêts que semble présenter le libre-échange. Ce sont ces raisons que nous allons d'abord exposer. Nous verrons ensuite quels sont les outils utilisés aujourd'hui pour mettre en œuvre ce protectionnisme.

2.2.1. Le protectionnisme peut être protecteur : il s’agit de protéger les travailleurs qui devraient perdre leur emploi du fait de la concurrence internationale.

Face à la concurrence industrielle d’entreprises situées dans d’autres pays comme l’Allemagne, la Chine, la Belgique ou l’Italie, les entreprises situées en France peinent depuis une quinzaine années à produire et à vendre en France comme à l’étranger que ce soit dans le textile, l’énergie bien sûr, l’informatique, etc. Ces difficultés entraînent bien sûr une disparition de certaines entreprises ou des délocalisations qui pèsent sur l’emploi industriel. Face à ces évolutions, un protectionnisme défensif peut être mis en œuvre de manière plus ou moins dissimulée. Par exemple, il a existé durant longtemps jusqu’à la fin des années 90 un accord d’autolimitation des exportations d’automobiles provenant du Japon. Le secteur textile, pendant très longtemps, fut en dehors des règles du libre-échange du GATT. Mais évidemment, des procédures cachées, liées par exemple à l’exigence de normes spécifiques au pays ou à la zone, pour officiellement protéger le consommateur, ou de procédures administratives lourdes pour pouvoir vendre dans le pays (voir plus loin pour plus de détails). On voit l’avantage de ces mesures pour les travailleurs qui peuvent garder leur emploi … au moins durant un temps. Toutefois, il existe une argumentation plus offensive du protectionnisme, d’abord ce que l’on appelle le protectionnisme éducateur.

2.2.2. Le protectionniste peut ainsi être éducateur : l'Etat est en mesure de protéger les entreprises nationales dans des secteurs nouveaux jusqu'à ce qu'elles soient en mesure d'affronter la concurrence internationale

Cette idée de la nécessité de protéger certaines industries du pays de la concurrence internationale n'est pas récente, elle reprend la théorie de Friedrich List, qui date du 19ème siècle.

  • Selon cet économiste allemand du 19ème siècle, le libre-échange généralisé pour les pays non encore industrialisés empêche l’émergence d’industries nationales. Il faut alors pratiquer un protectionnisme dit éducateur. Son raisonnement était le suivant : comme toutes les spécialisations ne se valent pas, et qu’il vaut mieux par exemple fabriquer des produits manufacturés modernes que des produits primaires, un pays spécialisé dans les produits primaires doit fermer ses frontières aux produits industrialisés pour permettre la naissance et le développement des jeunes industries (ou " industries dans l'enfance ", comme disait List). En effet, si l’État n'établissait pas un protectionnisme, les produits étrangers modernes arriveraient en masse dans le pays, à un prix bas du fait de l'expérience et des économies d'échelle réalisées par les entreprises étrangères. Résultat : les entreprises du pays ne pourraient pas rivaliser et devenir compétitives car, au début du processus de production(lorsqu'un nouveau bien est produit), les coûts sont toujours élevés. Finalement, les entreprises modernes ne se développeraient jamais dans le pays. Pour List, le libre-échange est donc une machine de guerre aux mains des pays les plus avancés, à son époque surtout le Royaume-Uni, berceau de la première révolution industrielle. Les pays moins en avance à l'époque (l'Allemagne, par exemple) n'ont donc intérêt à mettre en œuvre le libre-échange que dans les branches où ils n'ont pas d'industries naissantes à protéger. Mais List a souligné que le protectionnisme devait n'être que partiel (certaines branches seulement) et temporaire, car il favorise des prix élevés au contraire du libre-échange qui accroît la concurrence et fait donc pression à la baisse sur les prix.
  • Aujourd'hui, si la plupart des États sont d'accord, au moins officiellement, pour reconnaître le bien-fondé du libre-échange, un certain nombre font cependant observer que si le libre-échange génère bien des gains, ceux-ci ne sont pas forcément partagés également, d'où l'intérêt pour un État d'essayer de peser pour profiter au maximum de ces gains. Dans ce contexte, l’État peut alors avoir intérêt à encourager ou à défendre certaines activités qui permettent de gagner davantage au libre échange. Le choix des activités à soutenir est cependant déterminant et les risques d’échec important comme nous le verrons au paragraphe 2.3.1. Notons que les économistes libre-échangistes soutiennent que le choix de ces activités risque d’être orienté par l’influence des lobbys et d’entraîner des avantages uniquement pour les entreprises bénéficiaires. Ils doutent aussi du caractère temporaire des aides accordées aux secteurs et entreprises en question.

On le voit, ici, les États ne contestent pas l'intérêt du libre-échange dans son principe. Ils sont protectionnistes car ils pensent que le libre-échange peut être, temporairement ou pour certaines activités, dangereux pour leur pays.

2.2.3. Un protectionnisme limité à certains secteurs peut être favorable à la croissance économique nationale : c’est le principe de la Politique commerciale stratégique

Certains soutiennent aussi l'idée que le protectionnisme peut avoir une certaine efficacité sur le plan de la croissance économique. Ainsi, ceux qui défendent les politiques commerciales stratégiques recommandent l'intervention de l’État dans le but d'assurer une meilleure croissance économique.

  • La politique commerciale stratégique est un ensemble de mesures prises par un État pour développer certaines activités jugées stratégiques, c'est à dire permettant de gagner davantage à l'échange international. Ces mesures sont évidemment protectionnistes car elles visent à défendre des entreprises nationales, à leur donner un avantage dans l'échange international face aux concurrents étrangers. Il peut s'agir de subventions, de financement de la recherche-développement, de commandes publiques préférentielles, de restrictions quantitatives sur les importations, etc. Il faut rappeler que, au niveau international comme au niveau national, la concurrence est rarement parfaite, ce qui débouche sur un décalage possible entre le prix du produit sur le marché et son coût deproduction : avec certaines aides, des entreprises peuvent avoir des coûts nettement plus bas que le prix du marché, ce qui rend évidemment l'échange très avantageux.
  • Quelles branches sont alors concernées ? Il s'agit notamment de celles où les économies d'échelle sont importantes (plus les quantités produites augmentent, plus le coût unitaire de production diminue) du fait de l'importance des coûts fixes, où le coût d'entrée dans la branche est très élevé (ce qui décourage la concurrence) toujours du fait des coûts fixes, et où les effets d'apprentissage sont importants (plus on produit, plus on apprend et mieux on sait faire, ce qui fait diminuer les coûts de production par rapport aux concurrents moins expérimentés). A ces économies d’échelle s’ajoute une justification par les externalités positives : les industries protégées sont souvent situées dans des secteurs de haute technologie, avec des effets d’entraînement non négligeables, des effets d’apprentissage, voire des constitutions de grappes technologiques. Ce soutien aux activités stratégiques s'ajoute souvent aujourd'hui à un choix fait autrefois largement au nom de " l'intérêt national " : on estimait que certaines activités étaient tellement importantes pour la vie économique du pays qu'on ne pouvait pas courir le risque de les laisser tomber dans des mains étrangères (c'est l'argument utilisé pour nationaliser la production d'électricité en 1945 ou pour la production d'énergie nucléaire), d'où en France par exemple, les nationalisations ; d'autre part, on peut vouloir éviter, pour des raisons sociales en particulier, la disparition de certaines entreprises nationales sous la pression de la concurrence internationale.
  • Un exemple permet de mieux comprendre : l'industrie aéronautique. Face au premier constructeur mondial, l'américain Boeing, dans les années 1970-1980, il n'y avait pas de rival en Europe. Certains pays européens ont créé un consortium (entreprise commune, au sein de laquelle on répartit la production entre les pays) et l'ont soutenu de manières diverses pour finalement parvenir à développer Airbus. L'aéronautique est une branche dans laquelle l'entrée est très coûteuse (les équipements sont très spécialisés, la R&D doit être très poussée, le réseau de clients est très difficile à constituer). Les effets d'apprentissage et les économies d'échelle y sont très importants. Une fois installé dans la branche, on peut y réaliser de gros profits, mais il faut parvenir à s'y installer. C'est l'objet de la politique commerciale stratégique. Les États européens ont largement subventionné Airbus, en particulier sur le plan de la R&D, mais aussi sur le plan des implantations. Airbus n'aurait jamais pu se développer sans ce soutien qui a permis de développer une industrie aéronautique, donc d'augmenter la production réalisée sur le territoire européen.
  • Les limites de ce raisonnement sont cependant nombreuses. D'abord, on peut craindre les représailles : si un État avantage certaines entreprises, on peut penser que les autres États vont très mal prendre la chose et essayer de faire la même chose ou de pénaliser sur leur territoire les entreprises avantagées par leur pays. Il peut alors y avoir une guerre des subventions sans fin. Ensuite, on peut soutenir que les États ne sont pas toujours capables d'une part de repérer les branches " stratégiques ", et d'autre part de concevoir des mesures protectionnistes efficaces et sans effet pervers. Ainsi, Paul Krugman, après avoir largement popularisé le concept de politique commerciale stratégique, est désormais plus circonspect : le libre-échange, malgré ses imperfections, reste pour lui désormais largement préférable.

2.2.4. Les outils du protectionnisme contemporain sont multiples

Les pratiques protectionnistes utilisent aujourd'hui des outils très variés. Les moins fréquentes sont les barrières tarifaires. On trouve donc surtout des barrières non tarifaires, c'est à dire toutes les barrières autres que les droits de douane. Mais on a aussi une protection monétaire et financière ponctuellement efficace.

  • Les barrières tarifaires, qui existent toujours, sont en déclin. On appelle ainsi les taxes douanières appliquées aux produits étrangers entrant dans l'espace national. Ces barrières ont très largement disparu puisque les accords du GATT (et l’OMC) les ont pratiquement éliminées. On peut cependant considérer que les subventions publiques versées aux entreprises constituent des barrières tarifaires : une entreprise dans cette situation peut vendre moins cher, ce qui décourage les importations qui apparaissent plus chères que les produits nationaux. L'agriculture est un des secteurs les plus protégés sur ce plan là, que ce soit dans l'Union européenne ou aux États-Unis. Les aides directes aux agriculteurs ont remplacé, souvent, les barrières tarifaires directes.
  • Les barrières non tarifaires sont des restrictions quantitatives (quotas, contingentements) : les autorités politiques fixent un volume annuel maximum d'importation pour un produit donné. Une fois le volume atteint, on attend l'année suivante pour importer … Ces pratiques sont en principe interdites par le GATT autrefois comme par l'OMC aujourd'hui. Elles ont perdu beaucoup d'importance aujourd'hui.
  • Il ne faut pas oublier l'imposition de normes diverses, techniques, sanitaires ou autres. Ces normes ont souvent officiellement comme objectif de protéger le consommateur, mais elles peuvent aussi être un moyen détourné pour décourager les importations. Concernant les formalités administratives d’importation, on peut rappeler l’exemple bien connu suivant : en 1982, le gouvernement français a décrété que tous les magnétoscopes importés devraient transiter par le bureau des douanes de Poitiers pour les formalités douanières ; vu la taille de ce bureau et le boom de la demande de magnétoscopes à l'époque, on peut se douter du résultat : de gigantesques files d'attente et des magnétoscopes mis sur le marché français au compte-gouttes ! C'était bien sûr une mesure protectionniste.
  • Certains Etats pratiquent encore la protection monétaire : Il s'agit d'utiliser la monnaie, c'est à dire en fait, directement ou indirectement (en manipulant les taux d'intérêt), le taux de change pour aider les entreprises nationales à exporter davantage. La Banque centrale peut par exemple faire baisser le taux de change davantage qu'il n'aurait baissé spontanément de manière à rendre les produits nationaux plus compétitifs sur les marchés étrangers. La monnaie chinoise est ainsi accusée d’être largement sous-évaluée, ce qui permet de se protéger contre de nombreuses importations, tout en améliorant les exportations chinoises. Précisons les choses et tout d’abord ce qu’est un taux de change : il s’agit de la valeur d’une monnaie en une autre monnaie. Par exemple, l’euro vaut une certaine quantité de dollars. Au 27 août, 1 euro valait 1,333 $. Autrement dit, pour acheter un euro, il fallait 1,333 $. Inversement, pour un dollar, il fallait 1 / 1,333 = 0,75 €. Attention, cela ne veut pas dire que l’euro est plus « fort » que le dollar ; un euro vaut environ 130 yens : cela ne signifie pas d’un habitant de la zone est 130 fois plus riche qu’un japonais ! (voir notion taux de change pour plus de précisions). Quels sont les effets d’une hausse ou d’une baisse des taux de change ? C’est cela qui compte plus que leur niveau absolu. Supposons qu’un exportateur français vend aux E.U. un bien pour une valeur de 100 euros. L’entreprise américaine l’achètera 133 $. Mais si ce taux de change passe à 1€ = 1,230 $. L’exportateur pourra le vendre 123 $ (il sera plus compétitif) … mais recevra toujours les 100€ ! On peut même penser que les acheteurs américains vont dépenser plus pour ce produit et que l’exportateur pourra donc gagner encore plus d’argent. Autre possibilité : supposons encore que l’exportateur ne faisait pas de bénéfices en vendant son produit 133 $ : il décide de le vendre, disons 128 $. Il vend donc moins cher qu’avant (133 €) mais fait une marge plus grande puisqu’il perçoit 128 $ soit 128/1,23 € (c’est une simple règle de trois) : 104,07 € environ. Sa marge passe de 0 € à 4,07 € pour un bien vendu aux E.U. En résumé, la baisse de la valeur de la devise nationale favorise les exportateurs. Qu’en est-il des importateurs français ? Prenons encore un « exemple ». Une entreprise importe un bien (un baril de pétrole par exemple) disons 100 $. Combien d’euros doit-il utiliser ? Si le taux de change est de 1 € = 1,333 $, il faut, vous commencez, peut-être, à vous habituer à ces manipulations, 100/1,333 = 75,02 €. Si la valeur de l’euro baisse, se déprécie, à 1 € = 1,230 $, il faudra 100/1,230 = 81,30 € : les coûts de productions de l’entreprise française qui importe augmente. Dans ce cas-là, il y a deux possibilités pour l’importateur qui doit accepter cette hausse des prix (c’est un prix de marché, les concurrents ne peuvent vendre moins cher) soit ne pas varier ses prix de vente, alors sa marge se réduit, soit répercuter la hausse des coûts sur ses clients en vendant plus cher. Donc, si une baisse du taux de change de la monnaie nationale est une bonne chose pour les entreprises exportatrices (et leurs salariés), elle est moins bonne pour les entreprises importatrices et les consommateurs. Pour ces derniers, on parle de risque d’inflation importée. Vous pouvez faire les raisonnements inverses en cas de hausse du taux de change de la monnaie nationale (appréciation) : les exportateurs sont perdants (ils vendent plus chers pour recevoir la même chose et risquent de moins vendre). Par contre, les importateurs et consommateurs sont gagnants : les prix des biens importés baissent en monnaie nationale : on gagne du pouvoir d’achat.

Les pratiques protectionnistes sont donc loin d'avoir disparu, malgré les avantages, supposés ou réels, du libre-échange. Ce protectionnisme n'est cependant pas exempt de risques. D'une part, quand chacun cherche à se protéger des autres, à gagner plus que les autres, on est dans une logique de confrontation, et non de coopération, qui peut nuire à tous. Remarquons, cependant, que le libre-échange ne correspond pas non plus forcément à une logique de coopération car tous ne gagnent pas également à ce jeu. D'autre part, sur le plan économique, on peut craindre que le protectionnisme ne débouche sur une moindre efficacité : en effet, si les entreprises d'un pays se sentent protégées, si la concurrence est moindre, elles feront moins d'effort pour augmenter leur productivité et leur compétitivité, ce qui peut être très dommageable pour l'économie du pays.

2.3. Le bilan des politiques protectionnistes reste pour autant très mitigé.

Les pays ayant privilégié des politiques de types protectionnistes (des pays d'Amérique du sud ou l'Algérie jusque dans les années 70notamment) n’ont, en général, pas bénéficié d’un développement pérenne et important. Dans la plupart des cas, leurs productions nationales sont restées moins compétitives, et leur dépendance vis-à-vis du reste du monde ne s’est pas réduite, notamment parce que leur dette publique, liée à une balance commerciale déficitaire, a progressé : la plupart des investissements nécessaires pour produire « national », comme les machines-outils, reste importée.

D’autres pays, comme en Asie, ont choisi un développement extraverti, avec des succès plus évidents. Un développement extraverti signifie simplement que l’ouverture internationale est privilégiée car perçue comme un facteur de croissance important. IL faut cependant noter que leur insertion dans l’économie mondiale a été en général progressive et ne s'est pas faite sans intervention de l'État, l'ouverture internationale n'étant pas le libre-échange intégral.