3. La famille garde un rôle essentiel pour assurer la cohésion de la société malgré des tendances à l’individualisation qui la transforme

Les difficultés d’insertion sur le marché du travail a permis de mettre en avant le maintien voire le développement de son rôle de soutien aux personnes en difficulté, jeunes ou âgées. Mais plus largement, comme vous l’avez étudié en 1ère, elle socialise les enfants et par ce biais favorise le partage de valeurs et de comportements communs à la collectivité. Toutefois, peut-on parler de la famille ? N’y a-t-il pas des familles ? Que ce soit dans ses formes (les familles monoparentales sont-elles autant source d’intégration que les familles traditionnelles ?) ou selon le milieu social (les capacités à aider, le type de socialisation etc. sont-ils, de ce point de vue, les mêmes ?) ? C’est que nous allons étudier dans ce paragraphe.

3.1. La famille favorise la cohésion sociale

Aujourd’hui la famille favorise la cohésion sociale  par sa fonction de socialisation et sa capacité entraide.

3.1.1. Le rôle socialisateur de la famille

Vous l’avez étudié les années précédentes, la famille joue un rôle essentiel dans l’intégration social des enfants au sein de la société. Ce sont les parents qui, au cours de la socialisation primaire apprennent à l’enfant les règles de vie essentielles pour vivre en société: langage, propreté, politesse, etc. Les comportements appris au sein de la famille dépendent évidemment des valeurs de la société environnante: ils permettront aux enfants de nouer des liens sociaux et de s’intégrer dans la société.

Toutefois, selon le milieu social de la famille, les valeurs et les comportements ne seront pas tout-à-fait les mêmes ce qui sera à l’origine d’une intégration différenciée: l’étude de la mobilité sociale vous l’a montré en détail.

Enfin, la famille elle-même est un lieu de vie dans lequel des règles existent qui facilitent son fonctionnement. De ce point de vue, c’est l’évolution dans le temps qui est intéressante. Dans de nombreuses familles, peut-être plus fréquentes dans les classes moyennes, les rapports entre parents et entre parents et enfants se sont modifiés. Si autrefois, sans doute assez fréquemment, le père était le véritable chef de famille (comme le constatait et l’institutionnalisait d’ailleurs la loi), aujourd’hui l’égalité entre les parents et la reconnaissance de l’enfant comme personne à part entière, font que les règles plus souples et plus fréquemment qu’autrefois l’objet de négociation de de règles bien entendues non formalisées, non écrites. Cet assouplissement des règles et ce partage plus grand du pouvoir font que les jeunes apprennent une valeur qui devient aussi important, hors du monde de la famille: l’autonomie. Il peut donc y avoir intégration famille et développement de l’individualisme.

3.1.2. L’aide vis-à-vis des jeunes adultes : de la solidarité pour plus d’autonomie

Cette autonomie n’empêche pas l’aide qu’offrent les parents au moment où les jeunes deviennent adultes, quittent le logement des parents, vivent en couple et commencent à travailler. Aujourd’hui ces étapes se font dans la durée, de manière progressive. Face aux difficultés d’insertion professionnelle et d’accès à un logement autonome, très souvent ce sont les parents qui les aident de manière très diverse (argent, gestion du linge, etc.). Ce qu’il faut noter aussi est que ces aides montrent certes la dépendance du jeune adulte vis-à-vis de ses parents mais surtout que ces aides traduisent une solidarité toujours présente et qu'elles visent à les conduire petit-à-petit à l’autonomie totale. Donc, là encore, solidarité et autonomie ne sont pas contradictoires.

3.1.3. L’aide vis-à-à-vis des parents dépendants : le rôle des « générations intermédiaires »

Poursuivons rapidement ce cycle de vie. Arrive alors une période, un âge pour les parents d’aider leurs propres parents si ces derniers perdent peu à peu leur autonomie: trouver une structure adaptée qui souvent ne suffit pas et est souvent très coûteuse et donc aller régulièrement les aider pour faire le ménage, surveiller la prise des médicaments, remplir des documents administratifs (impôts, etc.) faire les courses, etc. Ici, vous pouvez toucher le fait que l’aide est en réalité une entraide: elle ne va pas dans un sen unique. Les parents âgés qui ont aidé autrefois reçoivent maintenant de l’aide. De même, les adolescents ou les jeunes peuvent aussi aider leurs parents ou leurs grands-parents à certaines occasions voire des parents plus éloignés.

3.2. Cette solidarité familiale pose cependant quelques questions

Les formes familiales sont, dans la réalité, très diverses aujourd’hui : elles peuvent remettre en cause le rôle intégrateur de la famille.

3.2.1. Des formes familiales qui changent : la question de la pauvreté dans les familles monoparentales.

Depuis plus de quarante ans, les formes familiales changent ce qui a un impact sur les difficultés financières que peuvent rencontrer certaines familles: le nombre de familles monoparentales augmente avec la croissance de la divortialité et la part des familles nombreuses dans l’ensemble des familles baisse.

Or, ce sont parmi ces familles, ayant souvent à leur tête une femme, que la pauvreté est la plus fréquente. En effet, dans ces familles non seulement, il n’y a souvent qu’une seule source de revenu mais en plus, ce revenu est très souvent faible du fait des différences de salaire entre hommes et femmes et de l’importance plus grande chez elles des emplois à temps partiel. Si l’Etat a, dès les années 70, réagi en créant une aide pour parents isolés, il n’en reste pas moins que l’importance de la pauvreté est une constante parmi les familles monoparentales.

A l’inverse, la pauvreté est aussi très fréquente chez les familles nombreuses: leur moindre place réduit cette «cause» de pauvreté parmi les familles.

3.2.2. L’entraide familiale reproduit les inégalités

Pour compléter ce que vous venez de voir dans le paragraphe précédent, vous ne devez pas croire qu’au sein de la parenté ce sont les familles qui en ont le plus besoin qui sont effectivement aidées. En effet, ce sont les familles qui ont le plus de moyens financiers et culturels qui aident plus fréquemment leurs parents proches. C’est ainsi, par exemple, d’après une enquête datant de 2000-2001 en France, les aides offertes par les «cadres et professions intellectuelles supérieures» au sein de leur famille s’élevaient à 1282 € contre 424 € chez les ouvriers.

De même, vous l’avez vu sans doute en étudiant les facteurs de mobilité sociale, ce sont les familles les plus favorisées qui sont les plus capables d’aider leurs enfants au cours de leurs parcours scolaires ou pour trouver un emploi.

Les aides intrafamiliales ont donc tendance à reproduire les inégalités sociales (et peuvent servir, pour les plus favorisés, à compenser le déclassement). On comprend ainsi l'importance du rôle de l'État dans les aides aux familles par rapport à celles apportées par les familles elles-mêmes : elles permettent d'éviter le creusement des inégalités ce que l'on retrouvera dans un prochain chapitre.