2. Les analyses du chômage en termes de déséquilibres

2.1. Les hypothèses de la théorie des déséquilibres

Les théoriciens du déséquilibre supposent des marchés ne fonctionnent pas selon le modèle néoclassique standard : les salaires sont rigides et les prix aussi. Ce sont donc plutôt des analyses de court terme, les prix n'ayant pas le temps de s'ajuster aux variations des quantités offertes et demandées sur le marché des biens et services comme sur le marché du travail : l'équilibre sur les marchés ne se fait pas. Soit l'offre reste supérieure à la demande soit c'est la demande qui reste supérieure à l'offre.

2.2. Le chômage classique et les politiques d'allègement du coût du travail

2.2.1. Le lien entre insuffisance de l'offre sur le marché des produits et le chômage

L’insuffisance de l'offre sur le marché des produits, alors qu'il n'y a pas de problème de faiblesse de la demande, s'explique par la faible rentabilité de l'activité des entreprises : il n'est donc pas intéressant pour elles de produire. On comprend bien dès lors, le lien avec le chômage : les entreprises n'embauchent pas parce que la production n'est pas suffisamment rentable. Dans cette situation, on parle de chômage classique.

2.2.2. Une politique de réduction des coûts des entreprises pour améliorer la rentabilité des entreprises et réduire le chômage.

Il existe différentes manières, pour l’État, de réduire les coûts des entreprises afin d'améliorer leur rentabilité. Les entreprise versent, en effet, de nombreux impôts à l’État et notamment l'impôt sur les bénéfices. En abaissant ce taux, la rentabilité s'améliore et l'activité est encouragée tout comme les embauches. L' emploi peut donc augmenter et le chômage se réduire. D'autres impôts, d'autres taxes peuvent être réduites bien sûr. Insistons sur une politique fréquemment menée notamment en France depuis le milieu des années 90 : la réduction du coût du travail. L’État a deux moyens essentiels pour cela : baisser le SMIC (ou faire en sorte qu'il n'augmente pas trop fortement) et/ou réduire les cotisations sociales. Les cotisations, vous le savez peut-être, sont versées aux organismes de protection sociale et sont calculés comme un pourcentage du salaire (le taux de cotisation sociale). L’État peut donc baisser le taux de cotisation sociale ce qui réduira le coût du travail. Dans ce cas, la rentabilité des entreprises pourra s'améliorer (toutes choses égales par ailleurs) ; les entreprises seront incitées à produire plus et à embaucher. Le chômage pourra donc être réduit.

2.2.3. Des pays sont-ils ou ont-ils été dans cette situation ?

Présentons le cas de la France. En simplifiant une situation forcément complexe, les économistes considèrent deux grandes périodes : durant les années 70 et à partir des années 80.

Les années 70 sont marquées par de fortes hausses de salaires, en tout cas des hausse plus élevés que celles de la productivité du travail du fait des accords de Grenelle qui prévoyaient de fortes hausses du SMIG et des salaires réels. De ce fait, la rentabilité des entreprises s'est détériorée d’autant que les chocs pétroliers ont alourdi le prix de l'énergie utilisée par les entreprises. Dans une telle situation économique, vous l'aurez compris, les entreprises n'embauchent pas du fait de l'insuffisante rentabilité de leur activité économique. Le chômage qui se développe alors est un chômage classique.

Pour certains économistes, la faiblesse de la rentabilité des entreprises françaises depuis 2 ou 3 ans expliquerait l'importance du chômage qui serait donc un chômage classique.

2.3. Le chômage keynésien et les politiques de relance

2.3.1. Le lien entre insuffisance de la demande sur le marché des produits et le chômage

L'insuffisance de la demande sur le marché des produits explique, dans une perspective keynésienne, la faiblesse de la production par rapport aux capacités de production. Les entreprises n'ayant pas de perspectives de débouchés suffisants ne vont pas produire davantage et donc ne vont plus embaucher : le chômage peut ainsi se développer, l'offre de travail de la part des travailleurs étant plus élevée que la demande de travail provenant des employeurs. Quelle peut être la politique de l'emploi à mener pour réduire ce chômage, appelé chômage keynésien ?

2.3.2. Une politique de relance de la demande pour créer des emplois et réduire le chômage

Comme vous l'avez étudié en classe de 1ère, une politique de relance peut concerner aussi bien la politique monétaire que la politique budgétaire.

La politique monétaire est une politique de baisse des taux d'intérêt de la Banque Centrale. Cette baisse des taux d'intérêt devrait logiquement se traduire par un accès moins coûteux aux liquidités pour les banques de second rang qui elles-mêmes devraient baisser leurs propres taux d'intérêt pour les prêts qu'elles accordent ou accorder de manière plus large des crédits aux clients demandeurs, ménages comme entreprises. Par conséquent, la consommation et l' investissement des ménages comme celui des entreprises peuvent augmenter ce qui relance donc les achats de biens et services de consommation et les achats de biens de production. Ainsi, la production est relancée dans ces deux secteurs d'activité et la croissance redémarre ou s'accélère. Les entreprises doivent donc embaucher ce qui réduit le chômage.

2.3.3. Des pays ont-ils été ou sont-ils dans une telle situation ?

Reprenons le cas de la France. Les économistes semblent d'accord pour dire que la hausse de la rentabilité des entreprises durant les années 80 a modifié la situation économique. L'importance du chômage durant les années 80- 90 serait due à une demande insuffisante liée aux politiques étatiques de rigueur depuis 1982 et durant cette période et aux stratégies des entreprises d'amélioration de leurs compétitivité.

Qu'en est-il de la période récente ? La crise financière qui a touché l’Europe à partir de 2008 s'est traduite par une forte réduction des crédits accordés aux ménages et aux entreprises ce qui a causé une sensible baisse de la demande intérieure donc de la production. L'augmentation du chômage serait donc un chômage keynésien.